Momo

On aimerait un jour faire passer un IRM à Sébastien Thiéry pour déceler les mystères de son cerveau, ce vortex de câbles électriques (dénudés) qui se croisent et dans lequel il trouve les matières secouantes de ses pièces. Dynamiteur de codes, l’auteur-acteur n’a jamais craint l’irrationnel. Il atteint ici des sommets avec un pari gonflé : déployer le motif du désordre psychique et physique dans un huis clos familial pétaradant et faire de Momo, jeune sourd au langage disloqué, un héros de théâtre.

L’histoire nous plonge au cœur brûlant des affaires humaines : on y voit notre loustic débarquer chez Laurence et André Prioux avec ses Chocapic, en décrétant qu’il est leur fils. Mais voilà : ce couple de bourgeois qui aborde la soixantaine et ses intempéries (routine, aigreur..) n’a pas d’enfants ! La suite ? Une cascade de situations azimutées, des nerfs en pelote et une conclusion surréaliste. Attisant adroitement cette rétention d’affects et de pulsions, le récit bégaie, crachote, avant de repartir à tombeau ouvert. Le public, lui, se convulse. De plaisir. Normal : le dramaturge compose une fantaisie extravagante autour de thèmes que l’actualité rend particulièrement saillants : la filiation, le lien, le don, la fraternité humaine… D’une situation hautement improbable, Sébastien Thiéry (idéal en petit taurillon tour à tour agressif et en agneau en mal d’affection) se sort avec brio, aidé par la mise en scène au cordeau de Ladislas Chollat. Dommage que la fiancée de Momo soit dessinée à gros traits (aveugle, obèse, brutale et flanquée d’un chien nommé « Ferme ta gueule ! ») et incarnée de façon si outrée par Nini Lavallée. L’équilibre ne tient qu’à un fil sur lequel Muriel Robin (à son meilleur) et François Berléand (impeccable) marchent en funambules. Le public repart hagard en se demandant ce qui lui est arrivé.

Note : 4/5