Mon Cœur au Théâtre des Bouffes du Nord

Pauline Bureau s’empare avec justesse de l’affaire du Mediator en mettant en scène le combat sans merci de deux femmes, l’une victime et l’autre médecin, donnant ainsi la parole aux héroïnes de l’ombre de notre société.

Irène Frachon, médecin au CHU de Brest, fait le lien entre des patients atteints de valvulopathie (dysfonctionnement cardiaque, pour les non-initiés) et la prise de Mediator, ce fameux coupe-faim prescrit dans les années 2000 qui a causé tant de décès. La pièce retrace l’histoire de Claire, une sorte de porte-parole de ces victimes. Elle a laissé son corps d’avant la grossesse sur la table d’accouchement et ses kilos en trop se heurtent aux canons de beauté érigés par notre chère société. Une simple consultation chez le généraliste et hop, tout s’enchaîne : les cachets qui « marchent très bien », la perte de poids, l’essoufflement, l’opération à cœur ouvert, les valves mécaniques, la déchéance. Plus de travail, plus de vie sociale ni sentimentale. Aux côtés du docteur Frachon et de son avocat, Claire va brutalement prendre conscience qu’elle n’est pas simplement malade mais bien victime d’empoisonnement et va se battre pour faire valoir ses droits.

Mon cœur est un roman en deux temps : aux nombreuses scènes racontant la maladie succède la mise en scène du procès, bataille rhétorique absurde sans fin qui fait rire en grinçant des dents. Comment survivre dans une société corrompue où les responsables de la santé font de la vie des gens leur fonds de commerce ? Sans se faire moralisatrice, Pauline Bureau dénonce avec ironie beaucoup de choses : la tyrannie des stéréotypes féminins, les liens douteux entre le médical et le politique et la lenteur voire l’inhumanité des procédures judiciaires. Si la douleur et la colère sont présents tout du long, le pathos ne se pointe jamais, écrasé par le désir de justice de ces guerrières des temps modernes.

 

On a aimé

  • Les scènes de procès tournant en ridicule la mauvaise foi des laboratoires pharmaceutiques et des experts de santé, incarnés par des personnages improbables.

  • L’utilisation de la caméra pour les gros plans finaux et l’écran géant.

On a moins aimé

  • La première partie de la pièce, qui avance trop lentement vers le vif du sujet.

Avec qui faut-il y aller ?

  • Un hypocondriaque.

  • Un avocat en droit des affaires.

Allez-y si vous aimez

  • Vous révolter de temps à autre.

  • Chaque semaine, notre partenaire Les 5 Pièces partage son coup de coeur théâtral sur A Nous ParisRetrouvez toutes les pièces incontournables à l’affiche sur Les 5 Pièces.

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