Mon Traître au théâtre du Rond-Point

Grand reporter et écrivain, Sorj Chalandon a raconté son histoire d’amitié avec Denis Donaldson, leader charismatique de l’IRA dans deux romans : « Mon Traître » en 2008

Peut-on feindre l’amitié durant plus de vingt ans ? Tel est le cœur battant de ce spectacle halluciné que l’on écoute le souffle suspendu et le cœur chahuté. Grand reporter et écrivain, Sorj Chalandon a raconté son histoire d’amitié avec Denis Donaldson, leader charismatique de l’IRA dans deux romans : « Mon Traître » en 2008 (Prix Kessel) et « Retour à Killybegs » en 2011 (Grand Prix du roman de l’Académie Française). Une véritable fraternité d’âme jusqu’au jour où boum, Donaldson révèle qu’il est informateur des services secrets britanniques depuis vingt-cinq ans ! Lorsqu’il meurt assassiné quelques mois plus tard en 2006, Chalandon s’effondre : « Je me suis assis lourdement, puis couché sur le dos, tête heurtée contre le sol dans un silence blanc« , écrit-il. Condenser deux romans d’environ 300 pages en une pièce d’une heure dix, c’est le premier petit exploit réussi par Emmanuel Meirieu. En mixant ce diptyque où chacun a ses raisons (et où tout le monde la perd), le metteur en scène-adaptateur parvient en outre à nouer un spectacle hypnotique irrigué par une réflexion subtile sur la puissance des secrets. Dépouillée mais implacable, sa mise en scène laisse place à une forme de recueillement extatique pour dire l’amitié bafouée et le deuil impossible. Sur le plateau ? Une atmosphère lunaire (un rideau de pluie fine entre la scène et le public) et trois narrateurs se relayant au micro : Antoine, l’avatar de Chalandon (Laurent Caron), Jack, le fils de l’agent double, (Stéphane Balmino) pour un court témoignage sous-tendu par « Wake up dead man ! » de U2 et enfin le spectre de Tyrone, alias le « traître » campé par Jean-Marc Avocat. Vu chez Chéreau ou Langhoff, ce dernier livre une performance habitée, hors du temps. C’est suffocant d’humanité, intellectuellement et esthétiquement passionnant. A ne manquer sous aucun prétexte.

Jusqu’au 29 janvier à 21h (relâche les lundis), dimanche à 15h30 au théâtre Rond-Point, Salle Jean Tardieu, 2 bis Av Franklin D. Roosevelt, 8è. M° : Franklin Roosevelt. Pl : 16€-31€. Tel : 01.44.95.98.21