Montrouge connection

Le 61e Salon de la jeune création contemporaine met, comme chaque année, quelques talents en orbite. Touffu, mais plein de fulgurances.

Confié à deux nouveaux commissaires, Ami Barak et Marie Gauthier, le Salon de Montrouge (depuis 1955) se repoudre le nez en troquant son côté foire contre une élégante scénographie de vraie expo, dans laquelle on retrouve les travaux d’une soixantaine de jeunes artistes venus de France mais aussi du Brésil, de Chine, d’Iran etc., et sélectionnés parmi 2500 dossiers, par un comité premium. Cinq thématiques rassemblent les œuvres par préoccupations : Chez moi, chez toi, chez les autres : sur la subjectivité artistique dans un monde globalisé ; Raconte-moi la planète : sur l’environnement et les paysages, et qui révèle un engagement naturel des nouveaux artistes ; Ironie de l’Histoire : qui, comme son nom l’indique, développe des regards critiques sur la marche du monde ; La Veille des Formes : qui interroge le questionnement formel de la nouvelle génération ; Je t’aime moi non plus (à la folie, pas du tout) : au sujet de l’altérité.

Forcément hétérogène, la sélection traduit cependant des univers forts, parfois fulgurants, comme celui de la Brésilienne Clarissa Baumann, lauréate de deux prix, dont la petite cuillère étirée illustre bien le talent à détourner la réalité de manière à la fois infime et profonde ou les vidéos du déjà repéré Roman Kronenberg, dont le tryptique filmique de villes turques est, littéralement, divin… On s’arrêtera aussi devant les hypnotiques vidéos d’une autre lauréate, Anne-Charlotte Finel, qui explore les « eaux habitées », ou devant les photos d’un couple d’héritières de Cindy Sherman, Johanna Benaïnous et Elsa Parra, qui se mettent en scène dans différents portraits de la jeunesse contemporaine. L’idéal est de se perdre (ce qui, étant donnée une signalétique un peu confuse, se fera un peu naturellement) dans le labyrinthe des œuvres, en les laissant s’imposer à soi. Les lauréats du Salon, distingués par d’illustres professionnels, ne seront pas forcément ceux du public, surtout jeune. C’est la beauté d’un tel événement, dont sortiront pourtant, sans conteste, quelques noms importants de l’art de demain. 

www.salondemontrouge.com