Nicolas Duvauchelle, le Doux Salopard

Entre Le Petit Voleur d’Erick Zonca en 1999 et le type à la dérive de Je ne suis pas un salaud qui sort ce mercredi, Nicolas Duvauchelle a bien mûri pour devenir cet acteur brut et séduisant que nous avons pris plaisir à rencontrer.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Nicolas Duvauchelle : J’aime jouer les antihéros. Ce sont des personnages qui me plaisent, assez complexes et avec beaucoup de failles. Pour raconter l’histoire de ce mec-là aussi, sans l’embellir, sans le rendre plus moche non plus : le livrer tel quel.

Comment vous êtes-vous préparé pour le rôle de ce type victime d’une agression qui persiste à laisser croupir un innocent en prison ?

J’ai beaucoup couru pour être bien fatigué. Je dormais peu, 5 ou 6 h, pour rester dans cet état de nerfs et avoir l’air un peu creusé. J’étais bien claqué à la fin du tournage. Et il y a certaines scènes, quand je déambule dans la rue, pour lesquelles j’ai bu. Je n’étais pas complètement bourré, hein ! Mais à la fin de la journée, c’était un peu dur (rires).

À un moment, votre personnage dit que les films français sont « tout pourris ».

Il y a beaucoup de gens qui pensent comme ça, oui. Des films prise de tête qu’on n’a pas envie de regarder. On est dans une société d’amusement. Enfin, on essaye de nous le faire croire. On voudrait anesthésier le cerveau des gens pour ne pas qu’ils pensent aux vrais problèmes. C’est pour ça qu’ils regardent des émissions “faciles”.

Pourtant, vous tournez dans ces films français “pas faciles”, vous !

C’est vrai que j’aime bien les films un peu atypiques, qui ne sont pas forcément des comédies sur des quadragénaires qui se séparent. Mais il n’y a jamais eu autant de comédies alors que les choses vont si mal. C’est bien qu’il y a un souci quelque part. Le cinéma, c’est quand même un outil pour se questionner sur l’état de la société et du monde ! On a beaucoup de films avec des happy ends, alors que ça n’arrive jamais dans la vie.

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

« Braquo ! ». Mais c’était un peu le but quand j’ai fait cette série. J’aimais beaucoup l’histoire, mais j’avais aussi l’envie d’avoir une plus grande visibilité et de toucher un public plus large. Si ça pouvait permettre après aux gens, en me voyant à l’affiche d’un film, d’aller le voir… Même si je n’y crois pas trop (rires), mais sait-on jamais.

Vous rêviez de ça, enfant ?

Non, je suis arrivé là par hasard. Je faisais de la boxe, des petits boulots à droite et à gauche, et c’est arrivé au bon moment. J’ai eu un premier rôle dans Le Petit Voleur, et après j’ai galéré un peu, mais là, ça commence à aller. Je vais tourner le film de Lucas Belvaux, Thierry Klifa, Olivier Marchal et Xavier Beauvois. Mais quand on n’a rien derrière, c’est assez déstabilisant. Il faut trouver la force de faire autre chose, parce que ça rend fou d’attendre. Je fais du sport, je m’occupe de mes deux petites filles, et j’adore jouer aux jeux vidéo et de plateau. Mais pas tout seul ! C’est Platon qui disait : « On en apprend plus en un quart d’heure en jouant avec quelqu’un qu’en trois heures de discussion ».


Interview intemporelle

Je ne suis pas un Salaud © Thelma Films

Que diriez-vous au petit Nicolas de 10 ans si vous le croisiez aujourd’hui ?

Bonne question. « Reste dans le rang ! ».

Que reste-t-il de vos 20 ans ?

J’ai toujours l’impression d’avoir 25 ans, moi. Je suis encore un grand enfant. Bon, peut-être pas avec mes filles, là faut que ça file, mais avec mes amis, oui. J’ai gardé un peu de cette insouciance qui peut parfois exaspérer mes parents. Je suis toujours un peu à l’arrache, un peu en retard sur tout. Payer mes impôts au dernier moment, des choses comme ça, qu’on ne fait pas quand on est un adulte, normalement.

Comment vous voyez-vous à 80 ans ?

J’espère que je serai vivant, et en forme. J’aimerais bien avoir une petite maison avec un jardin et mes petits-enfants. Ça, ce serait bien. Et en tournant encore des films, ce serait génial. J’adore les « vieux » qui tournent. Conserver ce truc du jeu encore enfantin, je trouve ça génial.

Où aimeriez-vous être en ce moment ?

J’avoue que j’aimerais bien être dans mon lit. J’ai le dos en compote parce que je suis allé à la patinoire avec ma fille. Dans mon lit, donc. En regardant le film Mustang, par exemple, que je n’ai pas vu encore.


L’interview « Je suis un salaud ? »

Je ne suis pas un Salaud © Thelma Films

Vous vous êtes déjà bagarré dans la rue ?

Ça m’est déjà arrivé de m’embrouiller pour des trucs à la con. Mais bon, aujourd’hui j’ai 35 ans, j’évite. C’est vite arrivé un coup de couteau, maintenant.

Est-ce que vous avez déjà ressenti de la colère envers la société ?

Ah bah oui, bien sûr ! J’espère que jeune on a tous ressenti ça, sinon c’est qu’on n’a pas vraiment été vivant.

Est-ce que vous avez déjà quitté un boulot ?

Oui. Au Quick. J’ai tenu cinq jours. J’avais 18 ans. C’était tout ce que je détestais. Toutes les horreurs de la société. Tout est calculé, le temps, les doses, pour rapporter un max. Et puis, c’est que de la merde surtout ! J’y mange de temps en temps, je ne vais pas mentir, mais c’est vraiment de la merde. Cette frénésie, ce patron qui te parle mal. Tu as deux minutes pour te changer, le midi il faut que tu manges au Quick et ils ne te payent même pas les menus. C’est aberrant !

Est-ce que vous avez déjà oublié vos clefs et réveillé toute la maison ?

Ouais, ça m’est déjà arrivé, en rentrant éméché. Je ne les retrouvais plus, mais je crois que je les avais. C’est encore pire !

Est-ce que vous êtes un salaud ?

On est tous un peu salaud, je pense. Même celui qui dit non, si on mettait toutes ses actions bout à bout, à un moment on verrait que c’est un salaud. La société nous pousse à croire qu’on est des winners, qu’on est beaux, mais on a tous un côté petit, mesquin ou salaud.

Je ne suis pas un salaud, d’Emmanuel Finkiel, avec Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry. Drame. Sortie le 24 février.