Nicolas Winding Refn, un certain regard

Réalisateur aussi adulé pour Drive que détesté pour Only God Forgives, le danois Nicolas Winding Refn aime provoquer. D’où peut-être son goût pour les affiches de films de cinéma d’exploitation qu’il a réunies dans un livre passionné et visuellement hallucinant. L’occasion de faire parler le taiseux cinéaste… ou pas.

Pourquoi êtes-vous ici ?

Nicolas Winding Refn : Je suis là parce que j’ai fait un livre. Le livre d’affiches le plus cher jamais fait ! Ça m’a coûté pas loin de 100 000 dollars, plus le prix des affiches que j’ai achetées.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?

Le cinéma d’exploitation ou ses affiches ? Je pense que j’aime collectionner. J’adore ces moments passés à essayer de dénicher des choses difficiles à trouver, voire introuvables. Mais en l’occurrence ici, il s’agit d’une collection qu’un ami m’a cédée. Je me suis retrouvé avec une tonne de papiers, sans trop savoir quoi en faire, et j’ai décidé d’en faire un livre. Parce que la plupart des affiches dataient des débuts de la sexploitation, et les campagnes d’affichages étaient vraiment intéressantes, très belles, crues ou effrayantes. C’était un peu comme s’embarquer dans la machine à remonter le temps du cinéma. Et j’aime aussi l’idée qu’on considérait ces films comme trash il y a 30 ans et qu’aujourd’hui, on les voit comme faisant partie intégrante de la pop culture. Je trouve ça ironique.

Un peu comme certains de vos films. Comme Only God Forgives qui a été sifflé à Cannes.

J’aime relever des défis. Pour moi ce film parle du futur.

On doit donc attendre pour l’apprécier à sa juste valeur ?

Le futur est maintenant.

Vous faites vous-mêmes vos propres affiches ?

Non, les distributeurs ont une très bonne sensibilité lorsqu’il s’agit de promouvoir un film. Je travaille avec eux pour les concevoir.

Quel est le secret d’une bonne affiche ?

C’est très difficile. Il faut qu’esthétiquement ce soit quelque chose que vous ayez envie d’accrocher à votre mur.

Vous avez vu tous les films qui apparaissent dans votre livre ?

Non, la plupart des films ont disparu. Ces affiches sont presque leur seul tribut à l’histoire du cinéma.

Quelle est votre affiche préférée ?

Probablement celle d’un film de 1965 qui s’appelle The Nest of the Cuckoo Bird (Le nid du coucou) de Bert Williams, parce qu’on dirait une peinture de Basquiat. Je n’ai jamais vu le film, mais l’affiche est incroyable.

C’est ce goût pour le cinéma d’exploitation qui vous a donné envie de faire votre prochain film, The Neon Demon, qui sera un film d’horreur ?

Non, je ne pense pas. Le film n’est pas encore fini et je dois d’abord le terminer avant d’en parler.

Vous êtes également en train d’adapter Barbarella en série ? Est-ce que vous pensez comme certains réalisateurs que la télévision c’est l’avenir ?

Non. La télévision est juste très populaire en ce moment. Mais les projets prennent trop de temps, et le cinéma reste largement supérieur.

Est-ce que le cinéma peut changer le monde ?

Oui, parce que je pense que l’art peut changer nos perceptions, au même titre que la technologie.

Quel genre de spectateur êtes-vous ?

Je regarde beaucoup de films sur ma tablette, mais le cinéma reste toujours le meilleur endroit pour voir un film. Malheureusement, je n’en ai pas toujours le temps.

Pour terminer, Tom Hardy, Mad Mikkelsen, Ryan Gosling… Comment faites-vous pour repérer tous ces talents ?

Je ne suis pas le mieux placé pour répondre à ça, mais j’ai surtout été très chanceux de pouvoir travailler avec juste les trois meilleurs gars du monde du cinéma.

Vous en voulez aux Oscars de ne pas vous avoir nommé pour Drive ?

Je m’en fiche. Je n’y pense pas. Je ne fais pas des films pour gagner des prix. Je fais des films parce que j’ai envie de faire des films.

L’art du regard, une collection de 316 affiches de films d’exploitation, sous la direction de Nicolas Winding Refn. Textes d’Alan Jones. Edition La Rabbia (80 €).