Noémie Goudal – Cinquième Corps au BAL

Le BAL présente l’œuvre de Noémie Goudal, à travers une exposition monographique d’une belle maîtrise. La jeune artiste nous invite, avec finesse et intelligence, à plonger dans son univers esthétique personnel, à la fois attirant et déstabilisant.

L’exposition s’ouvre sur sa série de stations (Southern Light Stations) : des formes sphériques, faites de papier, sont suspendues dans des paysages photographiques, tour à tour lunaires ou montagneux. Ces figures fabriquées intriguent, tant elles semblent surgies d’un autre monde et superposées à notre réalité. L’incongruité de leur présence au sein de décors naturels ne manquera pas de rappeler aux aficionados de Stanley Kubrick le célèbre monolithe noir de 2001, L’Odyssée de l’Espace, énigmatique parallélépipède se dressant au milieu d’un désert rocheux.

Station II © Noémie Goudal, Courtesy Noémie Goudal / Galerie Les filles du calvaire / Galerie Edel Assanti

La réjouissante expérience visuelle qui nous attend ensuite est déroutante de simplicité et d’efficacité : dans l’installation stéréoscopique Study on Perspective II, deux images qui se font face et un jeu de miroirs suffisent à créer un surprenant jeu de volumes.

La visite se poursuit en direction du sous-sol, dans l’espace, intermédiaire et fonctionnel, des escaliers. Là, une vidéo au caractère répétitif et hypnotique montre des nageurs – seule présence humaine de l’exposition – qui, inlassablement, les uns à la suite des autres, plongent d’une structure de pierre, au milieu d’une vaste étendue d’eau.

Mais c’est dans ce qui suit, au niveau -1 du BAL, que l’exposition se révèle dans toute sa profondeur et sa densité. Avec les trois pendants d’une imposante installation (série In Search of the First Line), l’artiste a su exploiter, dans une scénographie épurée, l’espace qui lui était offert. Dans ces images de lieux industriels sont intégrés des édifices d’un autre âge, fabriqués là encore par l’artiste. La monumentalité de ces montages impressionne. À entendre les visiteurs de l’exposition, chuchotant à l’excès au milieu de ce vaste triptyque photographique, on se croirait à l’intérieur d’une cathédrale. Quelque chose de l’ordre du recueillement est en jeu.

Et c’est dans cette atmosphère silencieuse que l’on découvre une dernière série d’œuvres de plus petites dimensions (Observatoires). Ce sont alors des structures de papier qui surgissent au milieu de calmes étendues d’eau. Si ces fragments d’architecture (escaliers, dômes, tours) semblent dépourvus de toute forme d’utilité (sont-ils les vestiges de quelque civilisation disparue ?), il s’en dégage une force poétique calme et troublante, l’inquiétante étrangeté d’images qui nous sont à la fois familières et lointaines. Lorsque l’on se décide à quitter le silence quasi religieux du sous-sol du BAL pour regagner la surface, les sons provenant de la vidéo présentée dans les escaliers (les corps des plongeurs qui heurtent l’eau du lac) créent une douce transition vers l’agitation du monde extérieur.

Observatoire VIII © Noémie Goudal, 2014, Courtesy Noémie Goudal / Galerie Les filles du calvaire / Galerie Edel Assanti

On sort de ce Cinquième corps riches d’une expérience intense et déroutante, et avec l’envie de suivre de près, dans les années à venir, le parcours de cette artiste singulière qu’est Noémie Goudal.