Noire !

Jeune française d’origine africaine, Poppy a peu à peu gommé les apparences de sa négritude. Sans même s’en rendre compte, elle a blanchi de l’intérieur.

Ne lui reste que la peau, témoin têtu de ses origines. Alors, le soir dans sa boutique de perruques ethniques, Poppy s’invente des histoires pour comprendre la sienne. À défaut de changer de peau, elle change de tête, enfile une perruque, triture ses obsessions et gratte ses souvenirs d’enfance. Dans sa petite galerie humaine, il y a Sarah (l’amie blanche avec laquelle elle jouait à « Miss Scarlett et Prissy »), sa petite maman accro à Joséphine Baker (la négresse reine de Paris, et tout ça avec des bananes d’Afrique !), ses frères et sœurs reconstituant, bras contre bras, le nuancier exact de la fratrie. Et puis ses clientes, victimes des normes du marketing mondialisé. Un champ d’exploration réjouissant pour observer, s’interroger, témoigner ! Joliment écorché, le spectacle décline quelques questions essentielles : la notion de « Français de souche » ou le quotidien humiliant des « minorités visibles » : « Pourquoi le facteur me prend-t-il toujours pour la femme de ménage ? » Des ombres défilent : Rosa Parks, Angela Davis (le côté rouge du noir !), Martin Luther King ou Césaire avec un clin d’œil à la Grenaille, etc. Empoigner un tel sujet et parvenir à le faire entrer dans la simplicité dépouillée d’un petit théâtre relevait de la gageure. En optant pour une théâtralité à la fois intimiste et politico-historique, l’auteur-metteur en scène Christian Hahn marque de très beaux points. Quant à la vibrante Nadine Zadi, elle reste son meilleur atout. Le final, où on la voit orner sa peau d’une parure tribale et s’adonner à une salvatrice danse primitive – comme si l’exercice l’avait enfin libérée – fait de ce magnifique monologue un conte sorcier qui porte loin.