On a volé le bras de Costentenus !

Après l’exposition « Tatoueurs, tatoués » au Quai Branly, la compagnie Hey !, emmenée par son duo de tête, Anne&Julien, raconte l’histoire du tatouage dans un spectacle ultra onirique, un peu forain, un peu cabaret, un peu cinéma muet, et bourré de références pop et populaires.

Sous le si charmant chapiteau du Cirque Electrique, avec une succession de tableaux incarnés par une troupe d’artistes aux talents insolites et un rien vénéneux, on nous conte comment une petite compagnie de théâtre se fait voler une relique, le bras du « grand tatoué » Costentenus (qui exista vraiment et fit fureur en exhibant ses tatouages au XIXe siècle) et parcourt, pour le retrouver, un voyage historique où le tatouage est tour à tour marque d’identité tribale sur de lointaines îles, ornement carcéral, ou bien odyssée intime…

On trouve ici d’époustouflants trésors : une musique « mixée » en direct sur 6 authentiques gramophones, et dialoguant avec un organiste de Barbarie créatif qui puise jusque dans le générique d’Amicalement vôtre pour habiller cette fantasmagorie ; une sublime danseuse néo burlesque du nom de Lalla Morte, qui incarne tour à tour les pin-ups effeuilleuses représentées sur les bras des militaires du siècle dernier, ou les fakirs, avec un numéro sur bris de miroir enflammés à couper le souffle ; de délicates gravures animées en direct, à la main, par une performeuse experte du mélange entre images analogiques et numériques etc…

Visuellement, l’émerveillement est permanent. Servis par une technique impeccable, Anne, Julien, et leurs camarades mettent en scène leurs icônes vintage (mythes obscurs, freak show, cinéma noir&blanc…) avec une fluidité quasi-magique. D’un point de vue dramaturgique, cette œuvre merveilleusement bizarre est plus inégale, souffrant de longueurs, et d’une narration au goût d’inachevé. Mais comme objet spectaculaire, artistique, et performatif, aucun doute : c’est un bijou, que savoureront aussi les plus jeunes.

Note : 4/5