On est fous de Mads Mikkelsen !

Terrifiant Chiffre dans Casino Royale, ou cannibale aimable dans la série Hannibal, le grand acteur danois incarne dans Men and Chicken un fils à la recherche de ses origines dans une famille de dégénérés. Un bon délire et une belle rencontre à la faveur du Festival de Cannes avec ce fringant membre du jury.

Le réalisateur de Men & Chiken, Anders Thomas Jensen, est un ami. Pourriez-vous refuser de tourner avec un ami?

Mads Mikkelsen : oui, je pourrais, ça m’est déjà arrivé de refuser certaines choses, mais je serais fou de ne pas accepter un film de lui. Il me donne toujours le sourire. C’est un peu comme cet auteur de BD, Gary Larson. Vous commencez à feuilleter son travail et vous vous mettez à rire tout seul. Ce n’est pas tous les jours que ça arrive. Et c’est ce qui s’est passé en lisant le scénario de Men and Chicken. C’est tellement barré et fou.

 

Est-ce que le soir, vous avez eu du mal à quitter ce personnage un peu fragile qui part sur une île danoise à la recherche de son mystérieux géniteur ?

Non. Je ne ramène pas mes personnages à la maison. Mais honnêtement, quand douze heures durant vous avez joué à être super énervé et que vous vous êtes engueulé toute la journée, le soir vous êtes encore un peu dans cette énergie, et vous pouvez partir au quart de tour. Ce sont des petites choses qui restent, mais pas le personnage en lui-même. Ma famille doit pouvoir me reconnaître lorsque je rentre chez moi.

 

Quelle a été la chose la plus difficile à faire pendant le tournage ?

C’est la scène à table où tous les frères se disputent pour avoir l’assiette avec un chien dessiné dessus. C’est tellement stupide ! On devait la jouer très sérieusement, mais il y avait toujours un des cinq autour de la table qui se mettait à pouffer de rire. Parce que si vous vous laissez déconcentrer, vous sortez de votre personnage et vous vous dites que c’est complètement cinglé.

 

Et être affublé dun bec de lièvre, cest compliqué ?

On me plaçait une prothèse dans la bouche pour rendre la diction difficile. Au bout de deux ou trois heures, ça commençait à faire mal. Mais ça faisait partie du personnage. On a dû refaire le doublage de certains dialogues, parce que sans la prothèse ça ne marchait pas. Le problème, c’est que parfois on ne comprend pas ce que je dis (rires).

 

Où en êtes-vous de votre carrière à Hollywood ?

J’ai fini de tourner Doctor Strange et Rogue One: A Star Wars Story. Hollywood fait partie de ma carrière, tout comme l’Europe. Je suis chanceux de pouvoir faire l’aller-retour entre les deux.

 

Et vous préférez tourner à Hollywood ou en Europe ?

Je n’ai aucune préférence. Je préfère avoir le choix. Manger des pommes tous les jours, non. Et manger des oranges tous les jours, non plus.

 

Est-ce que vous pouvez nous révéler quelque chose à propos de Star Wars ?

Absolument pas. Si-len-cieux [en français]. Sinon, je devrai vous tuer et vous enterrer ailleurs.

 

Enfant, vous rêviez de devenir acteur ?

Non. Pas du tout. J’étais persuadé que pour le devenir, il fallait être fils d’acteurs. Mais j’adorais les films, et je m’identifiais aux personnages. Je ne pensais pas faire un jour ce métier, mais en y repensant, j’ai toujours un peu imité les gens dans la rue. Quand je voyais quelqu’un marcher bizarrement, je me surprenais à essayer d’adopter sa démarche, juste pour savoir ce qu’il ressentait. Les gens se retournaient, me regardaient, et je m’excusais. En fait, je me demandais : « Qu’est-ce que ça fait d’être quelqu’un d’autre ? » Mais hormis ça, devenir acteur n’était pas du tout un plan de carrière.

 

Que diriez-vous au petit garçon de 10 ans que vous étiez si vous le croisiez aujourdhui ?

Je crois que j’étais vraiment un enfant fatiguant. J’étais hyperactif, complètement fou. Alors, peut-être que je me dirais : « Hé, calme-toi un peu ! ». Mais on ne peut pas revenir en arrière, ça fait partie du voyage. Il n’y a pas de bons ni de mauvais choix. J’espère seulement ne pas avoir fait de mal à des gens en cours de route.

 

Comment vous voyez-vous à 80 ans ?

Si je pouvais être aussi fort et en forme que Donald Sutherland, qui était dans le jury cannois, j’en serais très heureux. C’est vraiment quelqu’un de très charismatique, plein de vitalité et d’histoires à raconter. J’adorerais être comme lui à 80 ans. J’aimerais aussi être encore en mesure de jouer au tennis et pouvoir mettre une raclée aux plus jeunes (rires).

 

Vous vous souvenez de votre première visite en France ?

Oui, j’avais 17 ans et j’étais avec un ami. On avait pris un train jusqu’à Bruxelles et fait de l’auto-stop jusqu’à Arcachon. Nous n’avions pas d’argent pour acheter des cigarettes, alors nous en avons demandé une à un vieux monsieur avec un béret sur la tête et une baguette sous le bras – un classique de film ! Et le type nous a répondu… en danois. On avait trouvé ça totalement surréaliste.

 

Un mot de conclusion ?

Je n’ai pas de conclusion. Je conclurai lorsque j’aurai 110 ans.

 

Men & Chicken, dAnders Thomas Jensen, avec Mads Mikkelsen, David Dencik et Nicolas Bro. Comédie dramatique.

En salle actuellement.