Orestie

L’Odéon présente le spectacle qui offrit à l’Italien Roméo Castellucci et sa troupe, voici près de 20 ans, une renommée européenne.

Dans cette Orestie d’après Eschyle, réactivée plus ou moins telle quelle par le metteur en scène, on retrouve les caractéristiques de son théâtre hors-norme : d’abord, il y a cette capacité vraiment merveilleuse (c’est à dire propre au conte, de l’ordre du surnaturel) à créer des images fortes, sensuelles jusqu’à l’organique, volontiers sales et puissantes, en prenant une liberté quasi totale par rapport au texte.

Si l’on veut comprendre « l’histoire », il faut réviser ses Atrides, mais aussi Alice au Pays des Merveilles, Antonin Artaud, et pourquoi pas le philosophe allemand Friedrich Hölderlin. Sinon, pas grave, la gifle visuelle fera son office directement auprès des sens. Tout est en place : le choryphée, lapin symbole de lâcheté et sexuel, digne d’un film d’horreur. Clytemnestre est une femme nue et obèse (car son nom signifie « grande dame », elle est donc « énorme » dit l’auteur) à la voix d’homme qui ne crache pas sur une petite douche de sang, à l’occasion. Agamemnon, un acteur atteint de trisomie 21 « parce qu’il est un monarque, hors de toute discussion »… Apparaissant et disparaissant, tous, derrière des panneaux translucides, dans une pluie de sons sourds.

Il y a aussi les animaux vivants sur scène comme pour retourner à une forme la plus originelle possible du théâtre ; et dans la seconde partie, qui s’éclaire pour faire place à un Oreste blanc et maigre, une pure vision plastique qui se substitue peu à peu à la dramaturgie (mettant au passage à l’épreuve la patience des spectateurs). On voit comment cette troupe évoque et provoque, de manière parfois fulgurante, parfois fatigante, car à force de filer la référence et d’explorer les limites de la représentation, on risque de vider celle-ci de son sens. L’expérience peut sonner ou faire fuir. Mais pour ceux à qui la beauté parviendra : quel trip !

Note : 3/5

Certaines scènes du spectacle sont de nature à heurter la sensibilité du public, déconseillé aux moins de 16 ans.