Paris est à nous, que vaut vraiment le film ?

Depuis le 22 février, figure sur Netflix Paris est à nous, un film qui suit les pérégrinations d’Anna à travers la capitale frappée par les attentats et les crises sociales. Réalisé par Elisabeth Vogler, le long métrage a la particularité d’avoir été tourné sur plus de trois ans, au cœur (et en fonction) des événements. Et autant le dire, l’accueil qui lui a été réservé a été plutôt glacial. Mais que vaut-il vraiment ?

 

Une promesse trop belle

Le teaser divulgué il y a un an sur les réseaux sociaux, sous le titre Paris est une fête, donnait l’eau à la bouche. Un film tourné en trois ans et demi, en plein chaos historiques, sans argent ni autorisation particulière et avec une caméra légère, la Black Magic Pocket. Quelle incroyable liberté ! Plus de 90 000 euros ont été récoltés en crowdfunding pour financer la post-production et la bande-originale, tant la campagne de communication a été bien ficelée. On s’attendait à un vent de fraîcheur, à un film qui bouscule les codes avec insolence, un hymne générationnel puissant et bouleversant. Et comme bien souvent quand les attentes sont fortes, la déception l’est tout autant.

Les vibrations de Paris mal exploitées

Nous étions prévenus : le film ne se base sur aucun scénario préétabli, puisque ce dernier a été écrit au fur et à mesure des événements qui ont secoué Paris. Une promesse intéressante, tant l’actualité de ces quatre dernières années a été chargée émotionnellement et les occasions de descendre dans la rue nombreuses. Marches post-attentats, mort de Johnny, Nuit debout… Il y avait largement de quoi « nourrir » le film. Pourtant, la tension n’est pas directement palpable à l’image. Et, pire, elle n’apporte que peu de profondeur à l’histoire – en elle-même assez inconsistante. On s’imaginait un Paris hissé au rang de héros, mais il n’en est qu’un décor sous-exploité, voire un « gadget ». Pourtant placée au cœur des foules, la caméra n’en restitue étrangement pas l’électricité.

Un regrettable manque d’émotions

<small>©Paris est à nous, Netflix<small>
© Paris est à nous, Netflix

 

La tension et les émotions sont finalement apportées de façon artificielle, par une bande-originale qui comprend trois morceaux de Laurent Garnier et de jolis plans contemplatifs à la Terrence Malick. Mais aussi et surtout par une voix-off omniprésente, qui expose de façon trop narrative ce que l’on devrait normalement ressentir. L’histoire d’amour entre Anna (interprétée par Noémie Schmidt) et Greg (Grégoire Isvarine), sur laquelle repose presque tout l’enjeu du film, ne provoque pas de frissons. Malgré quelques belles scènes de tendresse au démarrage, magnifiées par des plans sensuels, ni leur fusion ni leur séparation forcée ne parvient à nous toucher. Difficile à partir de là de se projeter en Anna, et de partager sa quête de sens. Dommage pour un film qui se veut le miroir d’une génération.

L’intéressante question du rapport à la réalité

Les questions existentielles soulevées dans la deuxième moitié du long métrage par le personnage d’Anna ne sont cependant pas dénuées d’intérêt. Après avoir échappé au crash de l’avion dans lequel elle aurait dû se trouver, la jeune femme semble perdre pied dans un monde qu’elle perçoit comme un jeu vidéo. Comme si la brusque confrontation à la mort venait faucher tous ses repères. Il faut y lire une métaphore des attentats. Qui ne s’est pas dit au sujet des victimes « cela aurait pu être moi » ?. « Comment dès lors vivre sa vie de l’intérieur, sans en être uniquement le spectateur impuissant ? », se demande à juste titre Anna. Malheureusement, le film se contente de poser des questions, beaucoup de questions, sans chercher à y répondre. Ce qui le rend finalement assez oppressant.

Réalisé par Elisabeth Vogler avec Noémie Schmidt, Grégoire Isvarine, Marie Mottet
Sur Netflix depuis le 22 février 2019
Durée : 1h23