Exposition Paris-Londres 1962-89 Music Migrations

A quelques jours du Brexit annoncé pour le 29 mars 2019, relier les deux capitales que sont Paris et Londres par la musique et l’histoire des migrations est un pari audacieux que propose le Musée de l’Histoire de l’Immigration au cœur du Palais de la Porte Dorée. Paris-Londres 1962-1989 Music Migrations est une exposition qui brosse trois décennies musicales imbriquées aux histoires migratoires des deux plus gros empires coloniaux. Une autre façon de raconter cette histoire complexe mais passionnante. A voir jusqu’au 5 janvier 2020.

Music Migrations : une exposition polyphonique et historique

Exposition Paris-Londres 1962-1989 Music Migrations au Palais de la porte dorée, Music Migrations
© Palais de la Porte Dorée – Photo Anne Volery

 

On entre dans cette exposition comme dans un night-club. Il faut prendre la peine de descendre quelques marches et nous voilà immerger dans une exposition sonore, accueilli par des rythmes SKA projetés sur grand écran.

Paris-Londres 1962-1989 Music Migrations est le fruit d’un travail de recherches de plus de cinq années mené par trois commissaires d’exposition : Stéphane Malfettes (commissaire général de l’exposition), Angéline Escafré-Dublet (commissaire scientifique, historienne de l’immigration) et Martin Evans (commissaire scientifique).

L’année 1962 a été choisie comme le point de départ de cette exposition chronologique car elle correspond à l’indépendance de l’Algérie et à celle de la Jamaïque. Comme figure emblématique de cette génération Windrush (ressortissants britanniques arrivés par le bateau du même nom en provenance de la Jamaïque), la baby doll jamaïcaine Millie Small, qui chante délicieusement le tube My Boy Lollipop enregistré à Londres. L’exposition s’arrête en 1989, date charnière marquée par le bicentenaire de la Révolution française dont la création musicale est confiée à Wally Baradou. Cet événement national et multiracial est comme un feu d’artifices : un spectacle haut en couleur, résultat de toutes les luttes des décennies précédentes pour l’égalité.

L’exposition est foisonnante, elle présente aussi bien des œuvres d’art contemporain parmi lesquelles celles d’Hervé di Rosa, d’Arnaud Maguet ou de Xavier Veilhan que des photographies d’époque signées par les plus grands noms : Janine Niépce, James Barnor, Pierre Terrasson.

Elle rassemble aussi des documents d’archives exceptionnels comme l’original de La Marseillaise de Rouget de L’Isle acquis par Serge Gainsbourg aux enchères, des instruments de musique dont le saxophone de Manu Dibango et des costumes de scène : de la robe blanche portée par Sylvie Vartan lors d’un concert à l’Olympia avec les Beatles en 1964 au costume du maître de l’afro-beat Fela Kuti. Tout le parcours est parsemé de vitrines recelant d’une collection impressionnante de pochettes vinyles et d’objets insolites pour la plupart prêtés au Musée par les artistes eux-mêmes. Des dispositifs d’écoute permettent de se plonger dans des univers musicaux et des ambiances variées à la redécouverte des tubes reggae, punk, zouk, afro-beat, twist, funk, makossa, raï ou rap des années 60 à la fin des années 80…

Politique et musique protestataire : la bande-son des luttes identitaires et des révoltes

Affiche de la collection musée national de l'Histoire de l'Immigration, Music Migrations
Affiche de la collection musée national de l’Histoire de l’Immigration © Palais de la Porte Dorée

 

A Londres, le carnaval caribéen dans le quartier de Nothing Hill est né dans un contexte violent de revendications de droits pour les immigrés. En France, les événements de mai 68 ont permis dans la foulée la naissance d’un mouvement de défenses des droits des immigrés avec notamment la création d’un festival de musique des travailleurs étrangers Africa Fête en 1976 ou des concerts SOS Racisme à partir de 1985. Dans les manifestations de rue, la bande-son des luttes anti-racisme est variée : Bob Marley, The Clash, Renaud, Téléphone, Zebda ou encore Carte de Séjour.

Leader du groupe Carte de séjour, le musicien Rachid Taha aura un focus spécial dans cette exposition car le Musée de l’histoire de l’immigration souhaite lui rendre hommage un an après sa disparition.

Quelle plus belle intégration que de créer des tubes qui résonnent dans toute la nation et deviennent les hymnes de la France ou du Royaume-Uni à l’international ? Cette exposition est la preuve que l’on peut parler positivement d’immigration et ça fait un bien fou ! Les talents artistiques n’ont pas de frontière. CQFD.

Palais de la Porte Dorée
Musée de l’Histoire de l’Immigration
293 rue de la Porte Dorée, 12e
Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 17h30
Le week-end de 10h à 19h
Tarif : 6 euros