Pauline Etienne

Un peu d’astuce, d’espièglerie, c’est la vie de Pauline Étienne, comédienne belge discrète mais au talent fou. Après Élève libre, Le Bel âge, Qu’un seul tienne et les autres suivront, La Religieuse, Eden, la voici dans Tokyo fiancée, l’adaptation du roman autobiographique d’Amélie Nothomb. L’occasion de se pencher sur le fabuleux destin d’Amélie/Pauline.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?

Pauline Étienne : Parce qu’il m’offrait un voyage gratuit au Japon ! Non ce n’est pas vrai. J’aimais le personnage et j’aimais le fait que ce soit une comédie, parce qu’on ne me l’avait jamais proposé jusqu’ici.

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle de jeune prof de français partant s’installer au Japon ?

Vous avez rencontré Amélie Nothomb ? Non, je ne l’ai rencontrée qu’à l’avant-première du film. En fait, je n’ai pas travaillé le personnage en cherchant à être absolument le double d’Amélie. Le seul travail que j’ai fait dans ce sens-là, c’est que j’ai écouté en boucle un documentaire sur elle où on l’entend beaucoup parler.

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur ce film ?

La scène où je mets le poulpe dans ma bouche. C’était un vrai, qui bougeait réellement (rires). C’est un peu la même chose que les huîtres, mais ça bouge beaucoup plus.

Il y a beaucoup de scènes dénudées. Ça vous a posé problème ?

Dans mon premier film, Élève libre (2009), la moitié de mes scènes étaient quand même des scènes de nu. Et j’ai appris que quand on est comédienne, c’est compliqué d’être pudique. Quand il y a des essayages de costumes, on se retrouve toujours dans des situations où quelqu’un près de soi, alors qu’on n’est pas forcément habillé. Et souvent, le réalisateur est plus gêné que les comédiens. Et puis, à partir du moment où j’accepte de faire telle scène, je ne vais pas faire chier sur le plateau en disant : « Ouh ouh, non non. »

Quel effet ça fait d’être la révélation de l’année dans plusieurs magazines ?

(Rires) C’est drôle, parce que ça dois faire cinq ans que je le suis ! Je me demande quand est-ce qu’on va me prendre au sérieux, d’une certaine façon. Mais c’est aussi parce que ce sont des films différents, donc les gens me redécouvrent. C’est un peu différent en Belgique, où j’ai déjà eu le prix de la meilleure actrice (aux Magritte, l’équivalent des César, pour La Religieuse en 2014, ndlr).

Vous avez été nommée au César du meilleur espoir féminin pour Qu’un seul tienne et les autres suivront et La Religieuse, ce n’est pas rien !

Ce n’est pas quelque chose qui me passionne, les César. Je compare ça, en tout cas pour les espoirs, au bal des débutantes. Il y en a seize à la base, et ça permet de les présenter au monde du cinéma. On les photographie, on les fait belles, tout ça. Mais je ne comprends pas le principe de mettre en compétition des films qui n’ont rien à voir, avec des réalisateurs qui n’en sont pas du tout au même stade.

Vous êtes à l’affiche de plus en plus de films. Comment expliquez-vous votre succès ?

Ben moi, je trouve que je ne travaille pas assez. On finit même par se poser des questions. Évidemment, c’est super chouette d’être reconnue, mais si après il n’y a pas de travail, on se dit : « C’est quoi, la suite ? » Mais ça bouge quand même un peu : je dois notamment tourner dans un premier long-métrage sur le premier boxeur noir qui est arrivé en France.

Qu’est-ce que les gens vous disent lorsqu’ils vous reconnaissent dans la rue ?

C’est surtout en Belgique. L’autre jour j’étais au restaurant, et une femme m’a dit : « Est-ce que vous êtes le sosie de Pauline Étienne ? »

Un mot de conclusion ?

Otsukaresama deshita ! Ça veut dire : « Nous avons bien travaillé », en japonais.

Découvrez le Japon de Pauline Etienne

La surprise

« On débarque là-bas et tout est surprenant. On ne peut se raccrocher à rien de ce qu’on connaît. Même pas l’écriture. On est vraiment propulsé dans un monde à part. »

Devenir japonaise ?

« J’aime profondément le Japon, c’est un magnifique pays, avec des gens super, mais je ne pourrais pas être japonaise. La place de la femme là-bas est un peu particulière… Je ne veux pas dire que la femme est brimée, mais en tout cas la femme soutient son mari. Après, c’est très étrange comme pays. Les gens ne se touchent pas, ne s’embrassent pas, ne se disent pas forcément les choses sincèrement. Donc c’est très compliqué de savoir ce qu’est vraiment un Japonais. »

Le Tsunami

« Les Japonais sont très pudiques. J’ai essayé d’en parler avec eux mais c’est difficile. C’est un peu comme avec le 11 Septembre, ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient ce jour-là. Mais à l’autre bout de l’île, il y avait des gens qui n’étaient pas au courant qu’il y avait un tsunami. L’information a été très peu relayée au début. Ils ont pris conscience de la gravité de la situation une ou deux semaines plus tard. Et par rapport à l’accident nucléaire, tout le monde fait très attention à l’origine des produits alimentaires. Mais j’espère que le film donnera envie aux gens d’aller là-bas. »

Tokyo Fiancée de Stefan Liberski, avec Pauline Étienne, Taichi Inoue et Julie Le Breton. Comédie. Sortie le 4 mars.