Pixar : la Succes (Toy) Story

Il y a 20 ans exactement sortait Toy Story, le tout premier film réalisé entièrement en images de synthèse. Quelques succès Pixar plus tard, c’est aujourd’hui un dinosaure qui s’anime dans le magnifique Voyage d’Arlo. L’occasion de nous pencher sur les secrets du succès de cette petite entreprise numérique qui ne connaît pas la crise.

Les premiers pixels

À la base service de la division informatique de Lucasfilm Ltd. lancée en 1979, Pixar est véritablement né en 1986, sous l’impulsion d’un dénommé Steve Jobs. Périclitant plus ou moins avec son Pixar Image Computer, une machine capable d’automatiser les tâches de l’animation traditionnelle, la société a connu ses premiers succès en termes d’animation avec des films publicitaires et un petit court métrage de John Lasseter nommé Luxo Jr. L’histoire de deux lampes de bureau jouant à la balle. Un jeu d’ombres et de deux lumières qui démontre déjà tout le savoir-faire de Pixar dans ce court-métrage primé de l’Ours d’argent à la Berlinale. La lampe fait d’ailleurs partie du logo de la marque puisqu’elle représente le i de Pixar, comme l’affiche la réplique géante de Luxo Jr. à l’entrée des studios Pixar à Emeryville en Californie. Un symbole qui rappelle que tout commence par des films courts et qui a permis à l’entreprise de devenir leader du marché de l’animation. Pour s’en convaincre, il suffit d’égrainer les noms de titres tels que Toy Story, 1001 pattes, Monstres et Cie, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles, Cars, Ratatouille, WALL-E, Là-haut, Rebelle, ou Vice-Versa, tous issus de la pépinière de talents Pixar.

Les recettes du succès

Pour découvrir les secrets du succès de Pixar, quoi de mieux que d’aller investiguer en leur fief, à Emeryville ? Un immense campus à l’américaine, décrit par le co-fondateur et directeur de la création John Lasseter comme « un paradis » où tout est fait pour que le membre de la famille – enfin l’employé – se sente chez lui. Terrain de foot, paons en liberté, cafétéria géante, babyfoot, piscine, toilettes communes pour les cadres et les petites mains, et même une équipe de masseurs pour les graphistes soumis à rudes épreuves assis des heures durant devant leur écran. Et même si ce n’est pas le café à volonté qui fait de bons films, cette bonne ambiance encourage au travail, comme le souligne la productrice du Voyage d’Arlo, Denise Ream : « On travaille vite et dur. On n’est pas effrayés par le fait de tout remettre à plat et de repartir de zéro s’il le faut. C’est juste de très longues heures en y mettant du cœur à l’ouvrage. Il n’y a pas d’autres secrets ». Du cœur associé à « des artistes de classe mondiale », comme l’avoue Peter Sohn, réalisateur du Voyage d’Arlo. C’est ainsi que chaque plan du film est dessiné avec précision dans des story-boards pharaoniques, à l’instar de Rebelle, par exemple, ayant nécessité pas moins de 110 000 dessins. C’est ainsi que chaque personnage imaginé bénéficie de son designer personnel, avant d’être sculpté en pâte à modeler, puis scanné sur ordinateur. C’est ainsi également que chaque élément du film possède son département spécifique : des scénaristes aux décorateurs en passant par l’équipe chargée de réaliser les mouvements de foule, jusqu’au département grooming qui s’occupe de gérer les coiffures et autres poils des différents personnages. Une minutie qui s’associe à un sens aigu du détail qui, dans l’esprit de John Lasseter, passe obligatoirement par des recherches sur le terrain avec les chefs de tous les départements. C’est pourquoi tous les dirigeants d’Arlo se sont retrouvés à faire du rafting, de l’escalade et à observer les bisons dans le Parc national de Grand Teton au Wyoming qui a inspiré les décors du film. Une immersion grandeur nature qui confère aux films Pixar toute leur authenticité visuelle.

Plus beau que le vrai

Mais ce n’est pas tout. Car si le rendu de certaines images est d’un réalisme confusant, en y regardant de plus près on s’aperçoit qu’elles sont même parfois encore plus belles que dans le réel. Car c’est bien cela le but des équipes artistiques de Pixar : « Un graphisme plus beau que le vrai », comme le souligne Julien Schreck, un Français, lighter de profession, c’est-à-dire chargé de donner une vie photographique à l’image du film. Une tâche complexe qui s’accompagne même de la fonction de dessinateur de nuages : « On travaille beaucoup dans le détail. Au lieu de faire un simple nuage blanc, ce serait bien de le faire un peu plus compliqué. Et on s’en donne encore le temps chez Pixar. C’est ce qui donne la qualité ».

Une histoire avant tout

Au-delà de l’incroyable qualité visuelle, ce qui fait le succès de la compagnie est sans nul doute la puissance de leur scénario. Un des chevaux de bataille de John Lasseter : « Ce n’est pas la technologie qui divertit le public. C’est ce que vous en faites qui compte. Et chez Pixar, nous sommes avant tout attachés à l’histoire ». Et pour cela, il y a là encore une recette éprouvée, le fameux “Et si” dont nous parle Peter Sohn : « Il est à l’origine de chaque histoire. “Et si” un rat pouvait cuisiner dans un grand restaurant parisien ? “Et si” les voitures pouvaient parler ? “Et si” l’astéroïde qui a provoqué l’extinction des dinosaures avait évité la Terre et que les dinos avaient rencontré des humains ? »… Une liberté d’imaginer tout et n’importe quoi qui autorise les idées les plus folles, et qui offre aussi aux différents animateurs Pixar, quel que soit leur grade, la possibilité de pitcher leur projet en espérant pouvoir un jour réaliser leur film. Dès lors, réalisateur, scénaristes et graphistes principaux se réunissent dans la salle d’écriture commune pour construire l’histoire, lancer des idées, et animer vite fait sur un coin de palette graphique une nouvelle scène qui sera peut-être retenue. Mais le plus grand secret de Pixar, celui qui nous émerveille tous et nous transporte sur notre fauteuil dans leur univers fabuleux, c’est la force de l’émotion de leur cinéma. Une émotion composée de rire, de larmes, de tendresse ou de mélancolie, qui a permis à Woody le Cowboy, Buzz L’éclair, Flash McQueen, Sully, Ratatouille, Nemo et aujourd’hui Arlo de nous faire voyager à l’infini et au-delà.

Le Voyage d’Arlo, de Peter Sohn, avec les voix d’Éric Cantona et d’Olivia Bonamy en VF. Animation. Sortie le 25 novembre et en exclusivité précédé de la féerie des eaux au Grand Rex (www.legrandrex.com).