Play House

Vous êtes confortablement assis dans une salle de spectacles lorsque deux personnes, semblant tout droit sorties d’une pub des années 50, arrivent sur scène sans un bruit et se mettent à s’extasier devant les meubles présents.

Vous êtes confortablement assis dans une salle de spectacles lorsque deux personnes, semblant tout droit sorties d’une pub des années 50, arrivent sur scène sans un bruit et se mettent à s’extasier devant les meubles présents. Ah, on oubliait : si le couple a des allures de Ken et Barbie, ces derniers ont été possédés par l’esprit de Vincent Delerm et Brigitte Fontaine.

Entre déclarations d’amour et déchirements physiques, leur destin est programmé par une voix off qui instille les thèmes et titres des treize scènes qu’ils vivent devant nos yeux. À la fois allégorique, dans son utilisation du décor et de l’espace, et si terre-à-terre qu’il en devient acide, le texte de Martin Crimp est ici une représentation cryptique de la vie moderne et de ses vicissitudes.

« Nettoyer le refrigérateur », « Post Coïtum », « Le visiteur »… Les commandements lancés aux protagonistes par une voix atone découpent le rythme, le mâchent et le recrachent, sous les yeux hébétés des spectateurs qui ne savent plus s’ils doivent rire ou s’émouvoir, frissonner ou s’énerver. La mise en scène de Rémy Barché est imaginative et énergique, la scène est exploitée dans sa totalité et les costumes volent, dévoilant la fragilité sous l’apparente perfection des personnages.

Mais que deviennent Ken et Barbie, justement ? Difficile à dire. Tom Politano et Myrtille Bordier offrent une partition impeccable, entre crises de nerfs imprévisibles, mauvaise foi affichée et rupture des sentiments.Mais sait-on réellement ce que l’on est venu voir ? Arrive-t-on à deviner ce qui se cache derrière les apparences ? Il est probable que non, mais chaque spectateur pourra repartir du théâtre avec sa propre histoire, son propre dénouement. « Les histoires d’amour finissent mal », dit la chanson, et celle-ci ne fait pas exception, malgré des dehors chatoyants et une apparente innocence.

Le venin distillé dès les premières minutes ne cesse de s’étendre et la pièce devient plus qu’un jeu de massacre quotidien : c’est un miroir déformé et cassé qui est tendu au reste du monde, où l’absurde et la beauté ne font plus qu’un avec le désespoir.