Portrait arty : Fred le Chevalier, artiste des rues et des rêves

Comme bien des créateurs étiquetés un peu trop vite « street artistes« , Fred le Chevalier réfute cette appellation et s’affirme en tant que dessinateur. Nous l’avons rencontré à Belleville un matin de novembre, pour un petit-déjeuner goût interview. Portrait.

Des dessins d’enfant aux dessins… d’artiste

© Alyz Tale

 

On lui a donné rendez-vous un matin, tôt, aux Mésanges, un bistrot du 20ème arrondissement de Paris installé à deux pas de la galerie qui le représente, Eko Sato. Il arrive, un peu en retard (il vient de poster quelques dessins pour l’Australie !), commande un jus d’orange… Et nous raconte. Fred le Chevalier est né en 1973 dans une famille cultivée (un papa peintre, une maman lectrice) d’Angoulême, ville d’art et de BDs. Petit, comme tous les enfants, il dessine beaucoup. Puis, comme tous les adolescents, il arrête et vaque à d’autres occupations.

C’est à 33 ans, en croisant un jour le travail aux traits naïfs d’une artiste, Béatrice Myself, qu’il s’offre la possibilité de s’y remettre. Comme ça, l’air de rien, sans chercher l’exploit technique. Il retrouve alors en lui la spontanéité de ses dessins d’enfant. Et c’est ainsi qu’est né son style, si reconnaissable, et son univers peuplé de personnages amoureux, de rois, de reines, de nuages, de masques et de monstres. Une ligne fine, des courbes, un noir et blanc parfois interrompu de rouge vif, qu’il colle sur les murs ou décline en sérigraphies.

Les trajets sensibles d’un flâneur

© Fred le Chevalier

 

Coller sur les murs n’est pas pour lui le geste d’un street artiste ; il s’agirait plutôt de générosité. Ayant rapidement compris que lorsqu’il offrait un dessin à quelqu’un, celui n’était plus disponible pour les autres, Frédéric a songé à différents moyens de rendre ses œuvres accessibles. « Je fais promener mes dessins« , sourit-il, éclairant par là-même son amour des sérigraphies, des tatouages, des dessins collés sur les murs au fil de ses balades en ville, des minuscules reproductions sur de petits pin’s… De son passé de conseiller d’éducation, il garde un amour sincère pour la transmission et multiplie les collaborations avec les écoles, les collèges, les hôpitaux, les maisons d’arrêt ; il aime à faire dessiner toutes sortes de publics, avec qui il crée des projets variés (spectacles, fresques, dessins d’un jour…).

Ses personnages sont ainsi déclinés sur de nombreux supports et de nombreuses façons. Avec, toujours, une volonté poétique, qui s’exprime à travers des titres riches (« On ne pourra jamais te prendre ce que tu offres« , « En toi je me suis vu, en nous je me suis tu« ). Parmi ses obsessions, les monstres bienveillants et l’amour… Et, souvent, un même personnage, comme une sorte d’alter ego. « Je tente de dessiner quelqu’un qui essaie d’échapper au monde« , appuie-t-il avec émotion.

Pour ce qui est de la technique, Fred le Chevalier est adepte de simplicité. Tout débute sur des feuilles de petits et moyens formats (la plupart du temps, A4), qu’il photocopie et agrandit, parfois à taille humaine. Les murs de Belleville et de Ménilmontant connaissent bien ses amis noirs et blancs ; normal, c’est son quartier, là où il passe et repasse, le sac à dos plein de dessins, à coller sur son chemin. Son art est donc un art du quotidien, infusé de son amour du punk, culture de la débrouille ; « on fait avec ce qu’on est capable de faire« .

Pour finir, un conseil de Parisien ? Le restaurant végétarien Thien Hang, installé au 14 rue Bichat dans le 10ème arrondissement, sa cantine. Autres adresses fétiches, l’Italien CiaoGnari, 333 Rue des Pyrénées, la Halle Saint-Pierre et ses expositions d’art singulier, et le vendeur de films et de livres atypiques Hors-Circuits, au 4 rue de Nemours dans le 11ème arrondissement.