Portrait de Rosa Bursztein : une nouvelle pépite du stand-up français

Ma première fois est le premier seule en scène pour cette trentenaire parisienne qui a commencé sa carrière comme comédienne au théâtre auprès de John Malkovich. Rosa Bursztein est inspirée par l’humour de Blanche Gardin, ou par les mots de Virginie Despentes ou Michel Houellebecq. Avec de tels mentors, son spectacle à la Petite loge où elle se produit tous les samedis est écrit au cordeau. Intello sympathique au bord de l’hystérie, retenez ce nom même s’il est imprononçable, Rosa Bursztein est une petite pépite du stand-up à découvrir d’urgence. Portrait en 10 questions.

 

Rosa Bursztein
Rosa Bursztein. Portrait

Rosa Bursztein, tu as commencé très jeune les cours de théâtre… Comment le théâtre est-il devenu ta passion ?

A huit ans, j’ai commencé les cours de théâtre pour enfants au cours Simon. On m’a rapidement donné le rôle de la rigolote car j’étais un peu bouboule. J’avais vu Titanic au cinéma et je m’identifiais à Kate Winslet qui s’appelle Rose dans le film. Le théâtre a été thérapeutique pour moi qui étais une enfant très timide. Je me suis ouverte aux autres et j’ai perdu du poids, et puis c’est devenu une passion. Moi je voulais devenir actrice pour devenir belle.

Pari réussi car tu as commencé ta carrière comme comédienne au théâtre de l’atelier. Raconte-nous.

J’ai travaillé avec John Malkovich. J’ai joué le rôle de Cécile de Volanges dans Les liaisons dangereuses. C’était un rôle de jeune première mais pas au sens chiant du terme, car l’accent était mis sur la comédie. La preuve que l’on peut être belle et drôle ! Mais je n’ai jamais eu ce mystère des filles qui ont toujours été belles ! (rires)

Le stand-up est assez récent pour toi, comment t’es-tu lancée dans cette nouvelle aventure ?

Oui, le stand-up c’est très récent, ça fait exactement un an que je me suis lancée. J’étais allée voir le spectacle de Vincent Dedienne, je me suis dit que ça avait l’air facile et que moi aussi je pouvais raconter ma vie ! Mais s’il n’y avait pas eu Adrienne Ollé pour croire en moi, je ne me serais jamais lancer car je pensais être trop intello pour faire du stand-up ! Toute seule, je n’aurais pas assumé. Ma metteuse en scène est très pédagogue, très patiente, à la fois douce et très intelligente. Quand quelque chose que j’ai écrit ne l’a fait pas rire, elle attend assez finement que ce soit moi qui formule le fait que ce n’est pas drôle, comme un bon psy (rires). Elle est ultra bienveillante, elle me pousse à être plus indulgente avec ce que j’ai écrit, sinon j’aurais tout réécrit quarante fois et tout jeté à la poubelle dans la foulée !

Quel est ton rapport à l’écriture et à la langue française ?

J’ai toujours tenu un journal intime, donc j’écris depuis toujours. J’ai même écrit un court-métrage, La Piscine, que j’ai réalisé. Virginie Despentes et Michel Houellebecq m’ont donné envie d’écrire car leurs oeuvres sont sublimes ! Ils nous ont complètement cernés dans nos vérités les plus terribles. Ils sont extralucides et lisent en nous tous ! Avant mon premier stand-up je ne voulais pas écrire, je voulais juste devenir belle et être actrice, j’étais trop dans les émotions et dans le jeu alors que l’écriture suppose une plus grande sagesse et davantage de raison.

Pour faire de l’humour en France, il faut vraiment se pencher sur la question de la langue. En découvrant Blanche Gardin, j’ai redécouvert Desproges qui manie tellement bien la langue française avec des jeux de mots extraordinairement drôles et touchants ! C’est une différence que nous avons par rapport aux Etats Unis à mon avis car leur langue est tellement évidente. D’ailleurs, je fais de temps en temps des scènes en anglais et c’est plus facile. Je suis obsédée par la parole et la communication. Le plus dur est de faire passer ses idées, pas d’être drôle.

Comment définirais-tu le stand-up ?

Pour moi le stand-up, c’est de l’autodestruction. Il faut être capable de parler de ses failles et s’affirmer en disant non je n’ai pas honte de qui je suis et je vais vous faire rire en vous racontant mon histoire. Le stand-up et l’humour sont comme une défense. Il faut relativiser certains sujets en en parlant sinon c’est invivable. Trouver son personnage de stand-up, c’est trouver qui on est et ce que je trouve passionnant avec le stand-up, c’est de pouvoir explorer les contradiction. Le stand-up, c’est l’amplification de mes défauts. Moi je suis une intello, je me sens inadaptée, je ne sais pas organiser une fête par exemple. Moi qui n’ai pas eu d’enfance, le stand-up me permet de régresser.

Quelles sont les femmes humoristes qui t’inspirent ?

Aux Etats-Unis, Ali Wong et son spectacle Baby cobra qui parle de sa grossesse est à mourir de rire. Elle est enceinte sur scène et va très loin. Je suis fan de Lena Dunham, qui glorifie les imperfections de son corps. En France, Blanche Gardin a été une révélation car elle donne le ton et permet aux femmes de faire du stand-up. Elle va dans les interdits de façon extrême et puis son écriture est très belle. Marina Rollman que j’ai vu à la Nouvelle Eve est très drôle et fine. Et enfin, surtout, Louis CK, il est tellement philosophe, émouvant et puissamment intelligent dans son humour. Il met les femmes sur un piédestal alors qu’il y a tellement d’humoristes misogynes qui ne font absolument pas rire. Louis CK est féministe !

Justement, Rosa Bursztein, es-tu féministe ?

J’ai le même rapport au féminisme qu’au judaïsme. Je pense qu’il faut vraiment en rire et que c’est lié à interprétations car toujours en écriture et c’est ce qui est passionnant. Oui, je suis féministe même si je me demande souvent comment concilier mon engagement avec mon désir d’avoir un corps de rêve ! King Kong Théorie de Virgine Despentes est par exemple un vrai chef d’oeuvre. Elle est tellement libre dans sa façon de parler du féminisme. Laura Domenge, qui est une humoriste et une copine, arrive à rendre le féminisme drôle !

Même si tu es féministe, quels sont les hommes humoristes qui te font rire ?

Proportionnellement, il y a plus de mecs qui me font rire car ils sont plus nombreux que les femmes dans le stand-up. Les Américains me font beaucoup rire : Louis CK, mais aussi Dave Chappelle, Tom Segura, Neal Brennan… Les Américains sont vraiment en avance ! En France, je cite volontiers : Hakim Jemili, Alexandre Kominek, Paul Dechavanne qui arrivent à faire rire sur les attentats du Bataclan et ça, c’est vraiment fort !

Prépares-tu un deuxième spectacle en stand-up ?

Moi qui suis très fleur bleue, j’aimerais aborder le thème du romantisme et de la GPA car je pense à faire un bébé toute seule si jamais je ne trouve pas de mec !

Enfin, Rosa Bursztein, selon toi, peut-on rire de tout ?

Je pense que l’on peut rire de tout mais tout en ayant conscience que l’on peut blesser certaines personnes ou certaines communautés. Ce que je trouve marrant, c’est l’autodérision. Je suis juive et je fais des blagues sur Anne Franck ! L’humour permet de résoudre des choses de mon histoire. Après, je n’aime pas l’humour qui véhicule des clichés racistes. Je trouve ça ringard !

Rosa Bursztein
Rosa Bursztein. Affiche du spectacle à la Petite Loge.

 

Tous les samedis à 20h
Théâtre la Petite Loge
2 rue Bruyère, 9e
Tarif unique : 20 euros
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