“Pour la Gloire” de James Salter

En 2014, la critique a chanté les louanges du beau texte de James Salter, Et rien d’autre qui racontait la vie simple d’un éditeur après la guerre.

Beaucoup de lecteurs découvrirent un écrivain rare de 90 ans, auteur seulement de cinq romans depuis 1957, dont le merveilleux The Hunters, que les éditions de l’Olivier ont la bonne idée de rééditer sous le titre Pour la gloire. Ce récit ranime un épisode oublié de l’Histoire, la guerre de Corée (1950-53) qui opposait les États-Unis au bloc communiste, théâtre des premiers combats entre avions à réaction, quand les Mig soviétiques affrontaient les F86 américains.

James Salter, alors pilote de l’US Air Force, y participa, et tira de cette expérience ce puissant récit d’une obsession, celle du pilote de chasse Cleve Connell bien décidé à devenir un “as” (cinq appareils ennemis abattus). Nous ne savons rien du passé du héros, de son amour de l’aviation, ni de son avenir. Prisonnier de son idée fixe, il jalouse les autres pilotes. « Un ciel jamais bleu, comme une étendue de chagrin », écrit Salter, posant les bases de son réalisme dru, piqueté de touches poétiques. Evoquant Le Désert des Tartares de Dino Buzzati par sa hantise d’un ennemi invisible, mais ici fulgurant, le romanavance avec force, chaud et nerveux comme un réacteur. Un grand livre d’aviation.

James Salter, Pour la gloire, traduit de l’américain par Philippe Garnier, éditions. de l’Olivier, 239 p., 21 €.