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Princesse Vieille Reine

Une comédienne, un grand écrivain, des contes de princesses incarnés avec grâce : le Rond-Point lance sa saison avec fraîcheur et esprit.

« Princesse, puis vieille reine, tel est le destin des femmes », écrit Pascal Quignard, écrivain à l’oeuvre protéiforme et complexe, lauréat du prix Goncourt en 2002, et musicien, à propos de cette gracieuse pièce faite de quelques contes sur les femmes et l’amour. C’est le second spectacle qui réunit l’auteur et la gracile comédienne Marie Vialle, qu’on retrouvera aussi dans Ivanov, sous la direction de Luc Bondy à l’Odéon, reprise à partir du 20 octobre prochain. Celle-ci, à la découverte d’un texte de Quignard en 2003, lui avait  proposé de le mettre en scène. Il avait tant aimé le projet qu’il lui avait écrit, sur mesure, une rallonge.

Cette fois, c’est lui qui a imaginé ces contes. La fille de Charlemagne, une trop jeune princesse chinoise, la fille du gouverneur d’une province japonaise, une très, très vieille reine… La comédienne mue d’un personnage à l’autre comme le font les papillons dont elle possède la délicatesse : en changeant de robe. Se parer d’un gros jupon de tulle blanc puis disparaître la tête la première dans un très gros sac, rappelant un cygne qui plonge son cou dans l’eau en laissant bien voyant son gracieux postérieur, tirer d’un rouleau une étoffe chatoyante dans laquelle, en s’enroulant, elle se fabrique à la minute un kimono traditionnel, retourner un grand manteau façon renard pour en faire une parure royale fourrée façon hermine… Marie Vialle se transforme sous nos yeux, et parvient à évoquer aussi bien visuellement qu’avec les mots de Pascal Quignard ce que traversent les personnages qu’elle incarne : partage, jouissance, viol, passion, trahison… Pour jouer les contes et leurs protagonistes, la comédienne susurre, s’emporte, s’alanguit, chante même parfois d’une voix sûre et charmante qu’ou écouterait bien accompagnée de musique pop.

C’est à la fois léger et profond, et très joli, parfois même trop, au point d’être affecté. Mais ces princesses et cette vieille reine parlent à la fois au cœur et à l’imagination, et y laissent une petite musique féminine et millénaire qui chante encore longtemps après que les lumières se sont éteintes.