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Pour le meilleur et pour le rire : on a rencontré Airnadette

Sampleur et sans un proche : telle pourrait être la description abrégée de « Le Pire Contre-attaque », la dernière aventure d’Airnadette qui voit la troupe partir à travers l’espace et le temps pour retrouver l’un de ses membres disparu. L’occasion pour les spécialistes de l’air guitar de balancer 418 répliques et 127 morceaux cultes dans un joyeux bordel sans temps mort et parfaitement chorégraphié.

Pour le meilleur et pour le rire : on a rencontré Airnadette

Airnadette © The Sealy Man
De gauche à droite : Scotch Brit, M-Rodz, Château Brutal, Jean-Françoise, Moche Pitt et Philippe Risotto © The Sealy Man

 

« Le Pire Contre-attaque » est un spectacle nourri à la pop culture et unique en son genre : une sorte d’adaptation en comédie musicale de « La Classe Américaine ». Sans George Abitbol, mais avec Château BrutalPhilippe Risotto et leurs comparses. Avant les trois prochaines dates parisiennes d’Airnadette à l’Alhambra le mercredi 23 octobre, le mercredi 13 novembre et le mercredi 11 décembre, ces deux prétendants au titre d’homme le plus classe du monde répondent aux questions d’A Nous Paris. Pour le meilleur, et surtout pour le rire.

Cela fait combien de temps que vous arpentez les salles avec ce nouveau spectacle ?

Château Brutal : Airnadette existe depuis onze ans et cela fait pratiquement deux ans maintenant qu’on joue ce spectacle ! On a commencé à Lille, où nous l’avons créé, mais on passe régulièrement sur Paris pour dire coucou aux Parisiens. Bon, on ne sait pas trop s’ils le méritent, mais on le fait quand même…

Philippe Risotto : La stratégie, c’est de venir dans de belles salles parisiennes avant de repartir en tournée. On fait ça à intervalles assez réguliers, ce qui nous permet de rester dans le business et, surtout, dans le show business !

Votre premier spectacle, « la Comédie Musiculte », intégrait déjà beaucoup de samples de films, d’émissions, de publicités et de morceaux. Avec « « Le Pire Contre-attaque », vous en utilisez encore plus. Comment avez-vous procédé pour sélectionner ces extraits ?

Château Brutal : C’est simple : on a une collection gargantuesque de répliques cultes et toutes celles que l’on n’a pas pu placer dans le premier spectacle, on a décidé de les mettre dans celui-là. Pour le premier spectacle, c’était un vrai sacrifice de faire la sélection. Là, on a vraiment pu s’en donner à cœur joie, même s’il y en a encore plein qu’on a laissées de côté. C’est comme ça : il y a des super répliques que tu n’arrives parfois pas à placer.

 

Même si Airnadette existe depuis une décennie, le travail en amont doit être assez dingue pour synchroniser tout un spectacle. À quoi ressemblent vos sessions d’écriture ?

Philippe Risotto : C’est une réunion où chaque membre arrive avec son univers et le met sur la table. S’en suit une dispute géante, puis une réconciliation encore plus géante. Et au milieu de ce chaos, le sens se fait. En fait, la création d’un spectacle d’Airnadette, c’est comme la vie. Emir Kusturica disait « Life is just a simple game, between up and down ». Au bout d’un moment, il y a une histoire qui se dessine, qui se raconte. Et on la transcende ensuite avec le public.

Château Brutal : C’est beau ce qu’il raconte, non ?

J’en ai la larme à l’œil…

Château Brutal : Tu es un mec sensible, ça se voit.

Pour revenir aux répliques et aux chansons, lesquelles vous tiennent particulièrement à cœur dans ce nouveau spectacle ? Quelles sont celles que vous êtes heureux d’avoir réussi à intégrer ?

Château Brutal : Moi, je suis très content d’être parvenu à placer un extrait d’un morceau de Richard Cheese ! C’est sa reprise en version big band du Chop Suey de System Of A Down.

Philippe Risotto : Tu as des références pointues comme celle que vient de citer Château Brutal et tu en as aussi qui sont beaucoup plus populaires. Par exemple, j’ai trouvé ça génial de pouvoir placer de manière sensée, pour raconter l’histoire, le « Parce que c’est notre projet » d’Emmanuel Macron. Et il y aussi la réplique « Je mets les pieds où je veux, Little John… et c’est souvent dans la gueule » de Chuck Norris : quand elle arrive dans le spectacle, tu la redécouvre car elle raconte autre chose.

 


En parlant d’histoire, peut-on dévoiler l’identité du membre de la troupe qui disparaît ?

Philippe Risotto : Non, c’est secret ! Par contre, ce qu’on peut dire, c’est qu’Airnadette change de dimension, mec ! Je te jure ! Airnadette quitte la Terre et part dans l’espace-temps grâce à une R14 qui voyage dans le temps. On propose donc aux spectateurs non seulement cette expérience du culte, où les répliques connues s’enchaînent, mais aussi cette histoire hallucinante où l’on part à la recherche du membre manquant pour permettre au groupe de continuer à exister. On est comme ça chez Airnadette : on ne laisse pas bébé dans un coin. Et il y a un autre upgrade total, c’est l’apport de Julien Derouault de la Compagnie Pietragala-Derouault. Comme c’est lui qui a fait la chorégraphie, inutile de te dire le niveau stratosphérique que l’on a atteint sur scène !

Château Brutal : Ce niveau, c’est aussi grâce à nos talents conjugués, quand même.

Philippe Risotto : Bien sûr ! Et on a aussi upgradé le spectacle au niveau visuel, avec un écran permettant de transporter le spectateur dans cette aventure hallucinante.

Justement, le fait de travailler avec un chorégraphe réputé, que l’on imagine vous diriger avec un bout de bois à la main lors des répétitions, cela a dû être difficile, non ? 

Philippe Risotto : C’est vrai que seule M-Rodz est issue du milieu de la danse. Le reste de la troupe, ce sont eux les bouts de bois ! Par contre, Julien Derouault est à l’opposé de l’idée que tu peux t’en faire : c’est probablement le mec le plus cool et rock du monde de la danse classique et contemporaine ! Il est entré dans l’univers d’Airnadette avec un plaisir infini et une complicité totale. Bon, il n’empêche qu’il nous a tout de même apporté sa rigueur et son décalage pour le spectacle.

 

Airnadette

 

Il y a la chorégraphie, l’enchaînement des extraits, la synchronisation de vos gestes et de vos bouches, la prise en compte du visuel… Vous devez sortir de scène complètement rincés, non ?

Château Brutal : « Rincés », c’est le mot ! Il faut considérer ce spectacle comme un show de performeurs, avec des chorégraphies de corps et de bouches. C’est également un exercice intellectuel très intense car il faut parvenir à tout faire en même temps. C’est aussi ça, la beauté du geste. Au début d’Airnadette, avec l’air guitar, les gens nous disaient parfois « C’est bon, moi aussi je peux le faire ». Aujourd’hui, ils ne peuvent plus le dire !

Philippe Risotto : La performance n’est pas qu’intense pour les comédiens, elle l’est aussi pour le public. Ce dernier comprend très vite qu’il est un personnage de l’histoire, qu’il a un rôle à jouer dans cette hystérie totalement joyeuse se finissant dans une transe collective. Le public termine aussi rincé que nous ! Mais nous, contrairement à lui, on recommence dès le lendemain ! C’est ça, le rock. On recommence chaque jour notre vie dans ce qu’elle a de plus fort, de plus intense ! Et c’est ce que tu dois faire toi aussi !

Des surprises sont-elles prévues pour ces trois prochaines dates parisiennes à l’Alhambra ?

Château Brutal : Oui ! Je vais mettre un slip propre !

Philippe Risotto : Hormis le slip propre de Château Brutal, on ne peut rien dévoiler : une surprise doit rester une surprise ! De toute façon, Airnadette est une surprise en soi et une connerie généralisée dans tout ce qu’elle peut avoir de bienveillant et de rigolo. Il faut venir vivre cette expérience car Airnadette, ça ne se voit pas, ça ne se consomme pas. Ça se vit.

D’ailleurs, depuis sa création, Airnadette multiplie les expériences. Des spectacles, une web série pour Golden Moustache, une émission de radio sur Oui FM, un livre pour enfants… La prochaine étape, c’est le long-métrage ?

Château Brutal : Oui et on travaille dessus !

Philippe Risotto : On est sur du très gros business, sur du lourd, sur du gros, sur du truc qui pèse. Ce projet est en train de pointer le bout de son nez et se fera avec les Productions du Trésor. Cela va être dingo. Après ça, on pourra mourir tranquilles.

Château Brutal : Mais le plus tard possible !

 

Airnadette