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Rencontre avec Diane Fardoun, réalisatrice de l’Appel à la Danse au Sénégal

Diane Fardoun, franco-libanaise est danseuse professionnelle. Avec sa connaissance du corps et du mouvement, elle est la directrice artistique du film L’ Appel à la Danse au Sénégal. Un magnifique film d’1h20 à la rencontre des danseurs sénégalais et de leur histoire personnelle. Un propos sublimé par les images d’Hugo Bembi, l’investigation de Pierre Durosoy, et la bande-son de Julien Villa. Nous avons rencontré Diane, à l’issue de la projection au cinéma Les Batignolles, une première parisienne qui a fait salle comble. Une belle adhésion du public qui récompense cette équipe bénévole depuis 5 ans qui a porté ce projet corps et âmes. Diane nous dit tout sur ce projet de longue haleine initié en 2014. 

Diane Fardoun, tu es la directrice artistique du film l’ Appel à la Danse au Sénégal, mais tu es aussi danseuse, peux-tu nous raconter ton parcours de danseuse jusqu’à ce film ?

J’ai commencé la danse relativement tard à l’âge de 22 ans. Je suis bretonne, née à Loudéac dans les Côtes d’Armor, très vite j’ai été attirée par les villes, les capitales, je quitte ma Bretagne pour Londres après mon bac et j’y reste un an. Je commence à danser dans les soirées. J’ai rencontré la communauté de danseurs à Londres qui me fascinait. J’ai réalisé que c’était la danse qui m’appelait. Donc, je pars à Barcelone pour un an de formation professionnelle. Je vais ensuite à Paris pour compléter ma formation avec Corinne Lanselle. Puis, j’ai eu mon premier contrat en 2014 avec la compagnie Abou Lagraa avec laquelle j’ai dansé pendant trois ans.

C’est parce que tu es danseuse, que tu as eu envie de filmer les corps, le mouvement, qu’est ce qui te fascine dans les images de danse et quels sont les réalisateurs qui ont filmé la danse qui t’ont influencé dans ta démarche artistique ?

J’ai toujours été très fascinée par les danseurs et leurs histoires personnelles. J’ai voulu en partie être danseuse pour intégrer ce monde de danseurs et analyser philosophiquement la danse et les autres. En tant que danseuse, j’ai souvent eu l’impression d’être une fourmi dans des scènes immenses, perdue dans une boîte noire. Des réalisateurs comme Wim Wenders qui a fait le magnifique film sur Pina Bausch ou David Lachapelle qui a réalisé Rize et fouillent dans les corps m’inspirent dans leur esthétique. J’avais envie que le public entre dans les corps avec l’objectif de la caméra qui est un œil qui glisse, on est à l’intérieur des corps dans une intimité. Je voulais faire un cinéma sensoriel, et j’espère que par le spectre de notre caméra les spectateurs ont eu des sensations. C’est pour cela que c’est très important que mon film soit projeté au cinéma, pour que le public soit face à des humains qui font deux mètres de haut et qui sont sublimes. Pour ce film, je voulais des visages et des yeux immenses qui prennent tout l’écran, je voulais changer les échelles. C’est dans cette démarche que j’avais réalisé mon premier clip pour Julien Villa : Weird Smoke avec Hugo Bembi en 2012.

Justement présentes-nous ton équipe de tournage de l’Appel à la Danse ?

Hugo connait la danse, il a dansé adolescent, on a eu notre touche : cette façon de filmer de l’intérieur depuis notre premier clip, on parlait le même langage. Hugo, c’est pour moi un des meilleurs réalisateurs du live car il sait capter les actions présentes. Il faut anticiper où va le corps et ce n’est pas donner à tout le monde de filmer les corps. Après ce premier clip, réaliser le film ensemble était une évidence.

La musique de Julien est narrative et me donne énormément d’images, la première fois que j’ai entendu sa musique j’ai fait une nuit blanche, car ça a stimulé mon imaginaire. Après ce premier clip, nous en avons fait d’autres, et ça a été aussi une évidence que Julien signe la bande-son du film.

Pierre est un explorateur, un globe-trotter, un journaliste mais c’est aussi un artiste qui cherche toujours à aller vers l’autre. C’est quelqu’un d’extrêmement pointu sur les nouveaux mouvements artistiques et la danse urbaine.

C’est une équipe que j’ai formé autour de coup cœurs, nous formons une intelligence à quatre, un œil sur le monde à quatre, et c’est ce qui fait la singularité de ce film d’ailleurs. Et je suis très fière aussi d’une chose : dans ce film chacun est à sa place.  Comme chacun s’épanouit on a une puissance individuelle au sein de notre collaboration !

Ce projet fédère en tout presque 100 personnes, j’y ai toujours cru et mon équipe m’a porté.

Diane Fardoun et son équipe. De gauche à droite : Julien Villa – Diane Fardoun – Hugo Bembi – Pierre Durosoy

Copyright Photo : Ervin Flavio

Comment et quand est né le projet du film l’Appel à la Danse  ?

C’est parce que j’avais signé un contrat pour une belle tournée avec la Cie Abou Lagraa que j’ai pu réalisé mon projet et que j’ai eu toute cette assurance. En 2014, j’avais déjà tout en tête, les images, mon équipe. Je voulais des grands axes, je voulais filmer des danseurs pros, des danses cérémoniales, des danses de fête, des danses hybrides.  Je voulais un film intergénérationnel qui parle de la transmission de la danse aux jeunes générations. J’ai monté un crown-founding et j’ai récolté 4500 euros. Je voulais mettre l’humain au cœur de la danse et faire une narration positive à travers l’histoire de ces danseurs qui sont des très belles personnes. J’avais envie de présenter un pays à travers le spectre de la danse, de la musique, de la spiritualité et de la communauté.

Compagnie La Mer Noire. Screenshot du film. Copyright Screenskin Productions. Photo : Siaka Soppo Traoré

Justement qu’est ce que la danse permet de comprendre de notre société contemporaine et plus précisément de la société sénégalaise. Qu’est-ce que ton film par le biais de la danse permet d’aborder comme sujets sociétaux et quel est ton lien avec le Sénégal ?

Je suis franco-libanaise. Ma famille libanaise est installée à Dakar depuis quatre générations. Le film permet de tout aborder : l’identité, la place des arts, la place du patrimoine, la jeunesse de ce pays. Mais aussi l’ouverture aux cultures d’ailleurs, la mondialisation dans les arts est une beauté. Les danseurs racontent leur Sénégal et pas le Sénégal !

Comment avez-vous travailler sur place ? Quels sont tes plus beaux souvenirs de tournage ?

Pierre avait vécu sur place pendant six mois et fait du repérage car il est passionné de danse. Dés qu’on a atteint notre objectif de cagnotte Ulule, on a pris l’avion directement pour faire vivre le projet tout de suite. Le premier tournage devait durer trois semaines et nous sommes rester deux mois. On regardait nos images tous les soirs et on avait conscience qu’elles avaient une consistance. Ça nous donnait vraiment la force de continuer au jour le jour. Les gens étaient très généreux, on a fait plus de cinquante heures d’images.

Je me souviens de la rencontre avec les lutteurs. On a tourné sur une plage sacrée, avec ces lutteurs, sculpturaux et intimidants, par leur carrure. Ils luttaient et dansaient dans le sable, c’était chamanique. Il y avait une vraie grâce ! C’était très puissant !

Appel à la Danse
Affiche du film L’Appel à la Danse. Copyright Screenskin Productions et Vincent Martin.

L’Appel à la Danse, c’est presque un appel divin, en tout cas spirituel, pourquoi ce titre, peux-tu nous en dire davantage sur ce choix ?

L’appel au sens de qu’est ce qui va te mettre en mouvement. Deux mois avant le Ulule le titre était fixé. Nous étions un peu bloqué car nous pensions que la formulation n’était pas correcte en français. Dans le film, on parle d’appel vertical, du sol des racines vers les cieux, et l’appel horizontal les échanges avec la communauté proche ou lointaine.

Ton film l’Appel à la Danse pose une question, en l’apparence simple, mais en fait très philosophique : pourquoi on danse ?

Il y a sept milliards de raisons pour lesquelles on danse !

La danse c’est une mission de vie. C’est un langage corporel et universel.

Avec mon film j’ai voulu désacraliser la danse : danser c’est aussi simple que respirer !

La musique et la danse créent des soupapes dans la vie. C’est essentiel à notre équilibre !

Quels sont les futurs projets autour de l’Appel à la Danse ?

Le sujet est génial à décliner car la danse est présente partout ! On a un panel immense à explorer. En fait, j’aimerais bien faire des épisodes dans les cinq continents et explorer des extrêmes : danser sous la neige, pourquoi pas un appel à la danse en Mongolie ou en Russie ?

Dans chaque Appel à la Danse il y aura toujours le thème de l’amour décliné : l’amour maternelle, l’amour fraternel, l’amour de la vie, et le thème de la spiritualité. Ces deux thèmes permettent deux clips dans chaque documentaire.

J’aimerais tourner le prochain Appel à la danse au Moyen-Orient, je pense au Liban. J’aimerais faire un deuxième film un peu plus politisé. Construire grâce à la danse des nouvelles images de ce pays pour que les gens arrêtent de penser immédiatement à une situation de tension quand le mot Moyen-Orient est évoqué.

Mon film est une arme de paix prônant la grandeur du patrimoine d’un pays sur un ton d’intimité.

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