Rencontre avec Emma Stone, enchantée

À l’affiche du film phénomène La La Land, l’actrice américaine crève l’écran. Et c’est d’ailleurs dotée d’une bonne crève, attrapée lors de son séjour à Paris, qu’elle s’est livrée à sa session d’interviews dans la capitale. Rencontre pas trop embrumée tout de même, avec celle qui va vous faire chanter, danser, rire et pleurer.

Êtes-vous un peu Mia, votre personnage, serveuse de café qui tente de percer à Hollywood en courant les castings ?

Emma Stone : Oui et non. Je ne sais pas… Désolée, mes réponses risquent d’être un peu sommaires à cause de mon état grippal. Mais oui, il y a un peu de moi dans ce personnage.

 

Le terme “La La Land”, ça évoque quoi pour vous ?

Pour moi c’est associé à Los Angeles. Ça vient d’ailleurs des initiales L.A. C’est aussi un monde fantaisiste à l’atmosphère un peu surréelle, et le lieu des désillusions. Un endroit où les rêves se font et se défont. Ça évoque aussi tout simplement avec ce « La » « La », la chanson et la comédie musicale. Mais ça, je ne m’en suis aperçue que récemment. Je n’avais pas fait le rapprochement avec la musique avant (rires).

 

Dans les films de Jacques Demy, les acteurs ne chantent pas eux-mêmes. Ça vous paraît impensable ?

Je ne sais pas si c’est impensable, mais en ce qui nous concerne il était important que nous chantions dans le film.

 

D’ailleurs, vous vous êtes énormément préparée pour le rôle…

Oui, j’aime me préparer pour mes rôles. Beaucoup plus que lorsque j’étais jeune. Je jouais surtout des comédies où je n’avais qu’à être enjouée. Mais aujourd’hui, c’est important pour moi d’avoir un temps de préparation pour chaque projet.

 

Là, vous chantez, vous dansez, vous jouez la comédie et le drame. Vous pouvez tout faire, alors ?

Non, il y a des acteurs différents pour des rôles différents. Un acteur aussi bon qu’il soit ne peut pas tout jouer, ce serait un challenge impossible. Il y a plein de choses que je ne peux pas faire.

 

Est-ce qu’on se dévoile plus en dansant et chantant qu’en jouant la comédie ?

Je ne sais pas si cela en révèle plus sur sa propre personnalité, mais ça vous rend plus vulnérable, surtout lorsque vous n’êtes pas une vraie chanteuse au sens strict du terme. Ça fait même un peu peur, d’ailleurs. Ce qui a fait l’objet de discussions avec le réalisateur Damien Chazelle. On voulait que mon personnage ait une voix un peu timide au début, pour pouvoir se lâcher au final, pour qu’elle se sente libre et devienne une artiste à part entière. Mais c’est vrai que ma voix parlée est plus grave. Ça aurait été difficile pour moi de chanter si bas.

 

Dans le film, votre personnage enchaîne les auditions ratées. Quel est votre pire souvenir de casting ?

Je pense sincèrement que même si on échoue à un casting ou qu’on est coupée au montage – c’est frustrant de ne pas être dans le film bien sûr –, tous ces souvenirs ne peuvent pas être pires que ces moments où l’on n’a même pas accès aux auditions. Le pire, c’est quand on ne vous donne même pas votre chance. C’est encore plus pénible que d’être recalée.

 

À 15 ans vous avez convaincu votre mère de s’installer à Los Angeles pour tenter de devenir actrice. Quels bons et mauvais souvenirs gardez-vous de cette période ?

Les bons souvenirs, c’est que je pouvais faire ce que je voulais, parce que j’avais 15 ans. Je n’avais plus besoin d’aller à l’école et je pouvais enfin essayer de devenir comédienne. Et les mauvais souvenirs, c’est que je n’avais que 15 ans, mais que je n’allais plus à l’école et que je ne voyais plus mes amis. Et parfois, je me sentais vraiment très seule avec ma mère. C’était une adolescence un peu étrange, auditionner devant tous ces gens, attendre des retours d’adultes… C’est une chose de s’habiller, de se trouver une attitude devant les autres élèves du lycée, c’en est une autre de le faire devant des adultes. Je me souviens d’une audition où l’on m’a dit : « Joue comme si tu étais une jeune fille vierge ». Et dans ma tête je me disais : « Mais je le suis vraiment » (rires). C’est quand même un truc étrange à dire ça à une fille de 15 ans. J’ai connu pas mal de situations comme ça, et c’était assez effrayant. Enfin, je ne parle pas de situations ambiguës sexuellement – on pourrait croire que c’est ce que je sous-entends avec ma voix un peu grippée –, c’était le rôle qui voulait ça. Mais c’était quand même bizarre.

 

Est-ce que vous vous êtes rendu compte dès la lecture du scénario du phénomène qu’est aujourd’hui La La Land ?

Dans un sens, la plupart des éléments clefs du film étaient déjà là. La scène de danse d’ouverture dans les embouteillages, la danse au planétarium, les dix dernières minutes du film… Tout était dans le scénario, mais on a pu développer les personnages avec Ryan Gosling, et beaucoup de dialogues ont changé au fur et à mesure des répétitions. Toutefois, le principal était dans le scénario de départ, et il y avait tellement de magie dedans. On pouvait déjà sentir que c’était différent.

 

Mais il n’y avait pas de musique.

Exactement, pas de musique à l’intérieur du scénario (rires), mais Damien nous a joué les thèmes juste après, et je savais ce qu’allait être la bande-son et le pouvoir d’attraction des chansons.
 
 

Les Oscars, vous y pensez forcément ?

Je me concentre seulement sur ce que je dois faire à un moment donné. Je ne pense pas nécessairement à tout ce qui peut potentiellement arriver.

 

Dans votre discours de remerciements pour le Golden Globe de la meilleure actrice, vous aviez dit que c’était un film pour les rêveurs. Quel est votre rêve maintenant ?

J’ai vécu tellement d’expériences fabuleuses. En particulier jouer Sally Bowles dans Cabaret à Broadway. J’ai vraiment vécu un rêve éveillé. Mais il y a encore plein de personnages que j’aimerais incarner un jour, comme Blanche dans Un tramway nommé désir ou Martha dans Qui a peur de Virginia Woolf ? Mais pour l’instant, je pense que la chose qui me fait le plus rêver c’est de trouver des rôles originaux, ambitieux et créatifs, des rôles comme celui-ci, dans La La Land. C’est ça qui me passionne le plus.

Un mot de conclusion ?

(En français) Merci beaucoup.