Rencontre avec Guillaume Canet

Incarnant un père recherchant son enfant disparu dans Mon garçon, l’acteur s’essaye à un exercice inédit. Improvisant sans scénario, il nous livre le meilleur de lui-même.

Le projet est assez particulier. Est-ce que tu as hésité avant de l’accepter ?
Guillaume Canet
: Non, pas une seule seconde. J’ai foncé tout de suite. De plus en plus, j’ai envie d’accepter des projets qui me donnent l’impression de faire un truc un peu différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent. Et là, en l’occurrence, le concept, l’idée, le dispositif me plaisaient beaucoup.

Tu avais tout de même des indications de texte ?
Non, il n’y avait rien du tout. J’avais juste quelques informations sur le personnage, sa profession, son nom, là où il avait grandi, les relations qu’il avait avec son fils. Après je débarquais dans les scènes et j’improvisais au fur et à mesure des situations que je vivais.

Même quand Olivier de Benoist, qui joue le nouveau compagnon de ton ex-femme, te parle de ses futurs projets de bonheur et que tu le secoues ?
Là, je réagis comme je réagirais moi dans la vie. Je me dis : Qu’est-ce que me raconte ce mec ? On vient de m’annoncer l’enlèvement de mon fils et il me parle de son bonheur avec mon ex-femme et de la maison qu’ils vont construire. Donc forcément, il y a un peu suspicion.

Mais selon ta réaction, le film peut basculer d’un côté ou de l’autre, non ? 
Là, c’est la seule fois où je me suis arrêté, car je ne comprenais pas ce qu’on jouait. Le réalisateur Christian Carion m’a dit : « Qu’est-ce qui te gêne ? » – « J’ai envie de le défoncer ! » – « Alors vas-y ! » Olivier me montre alors qu’il a un plastron sur le ventre en me disant : « Vas-y, tu peux taper ! » Donc on reprend, je le tape, j’entends Christian qui me dit : « Attache-le ». Je cherche, je ne vois rien, j’arrache le fil d’une lampe. Et il me dit : « Mets-le dans le coffre ! » Et ça a été comme ça sans arrêt.

Tu as pourtant refusé de dormir en cellule de garde à vue ?
Oui, mais parce que c’était dégueulasse. Il y avait des traces de sang sur l’oreiller. Je leur ai demandé s’ils allaient filmer. Ils m’ont dit : « Non, mais comme ça tu es sur place pour demain ». J’ai dit non. Je m’en fous d’être sur place, je préfère aller dormir dans un hôtel, même pourri, mais avec des draps propres.

Est-ce que tu serais prêt à refaire ce genre d’expérience ?
Immédiatement ! C’était une expérience tellement folle et intense que oui, tout de suite. Mais pas avec n’importe qui, parce que c’est vrai que c’est chaud de se retrouver dans des scènes pareilles avec un réalisateur qu’on ne connaît pas.

C’est la première fois que tu as plus de jours de promo que de jours de tournage, qui s’est déroulé en six jours seulement ?
Oui, c’est vrai, je n’ai pas pensé à ça, mais ça s’inverse totalement.

Le fait d’être père, ça influence pour jouer un tel rôle ?
Bien sûr que ça joue, on fait appel à des choses personnelles. Mais quand on est acteur, on compose aussi en fonction des choses que l’on a observées.

Est-ce que tu réagirais comme lui à sa place ?
Je suis incapable de le savoir. Et je n’ai même pas envie de me projeter là-dedans.

Un peu quand même, parce que ce sont tes propres réactions qui sont filmées.
Évidemment, mais je ne l’ai pas fait en pensant à ça, parce que ça aurait été trop glauque.

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur ce film ?
De trouver l’énergie pour jouer certaines scènes dans des moments où je ne l’avais pas du tout prévu. Quand on se retrouve à 23 h et qu’on se rend compte qu’on va devoir faire une scène de torture, qu’on est à fond depuis 8 h du mat’ et qu’il faut aller puiser l’énergie de faire ça, c’est assez compliqué.

Est-ce qu’on se met en danger avec un rôle comme celui-là ?
J’ai toujours eu un souci avec cette idée d’être en danger. Je n’ai pas l’impression d’être en danger en faisant un film, mais j’aime l’idée de sortir des sentiers battus et d’un certain confort. Faire des films pour faire des films, ça ne m’intéresse pas du tout. J’ai envie qu’à chaque fois ce soit une expérience particulière.

En parlant d’expérience particulière, tu as désenflé depuis ton dernier film, Rock’n Roll, où tu finissais bodybuildé ?
Oui, comme tu peux le voir, j’ai perdu beaucoup de muscles ! (Rires.)

Quelle a été la réaction la plus surprenante ?
C’était amusant de voir que, quand j’étais grimé, les gens ne me reconnaissaient pas. C’était assez agréable, en fait.

Sinon, qu’est-ce qu’on te dit quand on te reconnaît dans la rue ?
Les gens sont plutôt gentils avec moi et respectueux. Je pense qu’ils doivent savoir que je suis un peu ours. Ce qui m’exaspère un peu parfois, c’est cette façon qu’ont certains de mélanger les choses. Cet été, j’étais en voiture dans une rue que je bloquais parce que je ne pouvais pas faire autrement, et un mec arrive à vélo en sens interdit et me dit : « Ah bah oui ! Parce que vous êtes connu, vous vous croyez tout permis ! » C’est le monde à l’envers.

Où en es-tu de ta carrière américaine après Blood Ties ?
Ma carrière américaine ! Ah non ! Je n’ai pas du tout envie de revivre cette expérience. J’aime beaucoup le film, mais travailler avec des gens qui coupent la lumière au milieu d’une prise parce que c’est l’heure de déjeuner, je n’ai pas envie de revivre ça. On a une immense chance de tourner en France et ça me convient vraiment très bien. Je n’ai jamais eu le rêve américain. À l’époque de La Plage, on m’avait proposé de rester là-bas en tant qu’acteur, mais je n’aime pas la mentalité, je ne me sens pas à l’aise.

Enfant, est-ce que tu rêvais de tout ça ?
Ah oui, oui, oui ! J’ai commencé à rêver de faire du cinéma quand j’avais 14 ans. Je faisais des courts métrages chez moi, avec ma super-8 et du montage dans ma chambre avec une colleuse. Ça m’a toujours passionné. Ça remonte même à encore plus loin, quand on regardait des films en super-8 à la maison avec mes parents. J’adorais ce moment où on éteignait la lumière et on mettait le projecteur.

Et de quoi rêves-tu maintenant ?
D’arrêter le temps, de temps en temps, faire pause, me reposer un peu, et reprendre, pour ne pas perdre de temps. Je trouve que ça va très très vite.

Pour terminer, que dirais-tu au petit Guillaume de 10 ans si tu le croisais aujourd’hui ?
« Refais exactement la même chose ! »

Un mot de conclusion ?
J’ai faim !

Mon Garçon, de Christian Carion, avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, et Olivier de Benoist. Thriller. En salle actuellement.