Rencontre avec Serge Le Mytho

Baratineur hors pair en Serge le Mytho sur Canal +, l’acteur français exporte son bagout au ciné en rabbin chanteur dépressif sous coke dans le jubilatoire Coexister. L’occasion de rencontrer Serge Le Mytho… pour de vrai !


© 2017 EuropaCorp/Chez Félix/France 2 Cinéma

Qui es-tu, Jonathan Cohen ?

Jonathan Cohen : Tu veux un petit pedigree ? Qui suis-je ? Je suis comédien. J’ai 37 ans. Un parcours on va dire assez atypique. Chaotique parfois. Mais voilà, je suis dans une bonne période de vie.

On va y venir…

« On va y venir, vas-y molo ». Le mec qui finit tout de suite par la conclusion.

Pourquoi as-tu accepté de faire ce film ?

Alors, le pitch est très effrayant au début, on ne va pas se mentir. Un rabbin, un faux imam et un curé qui montent un groupe de musique. Je trouvais ça à la fois extraordinaire et très flippant, parce que tout ce qui est religion, c’est un enfer.
 
Et est-ce qu’il y a eu des réactions négatives sur le film ?

Non, au contraire. Les gens ont tous peur avant. Ils disent : « Qu’est-ce qu’on va aller voir ? Qu’est-ce que c’est que cette daube ? » Et en fait, très vite, on oublie les religions. On est sur un trio de gars qui vont apprendre à s’entendre. Et c’était le meilleur billet pour parler du vivre-ensemble que d’oublier un peu les statuts.

Comment t’es- tu préparé à devenir rabbin ?

Autant te dire que j’ai fréquenté des synagogues pendant six mois. Non, mais le costume déjà : la barbe, les petites lunettes. Dès les premiers essais, c’était fou à quel point je ressemblais à un rabbin. Il faut dire que j’ai déjà un type de physique qui peut aider. 

Et pour la coke qu’il prend en permanence ?

Pour la coke, j’ai dû aller six mois au Montana me défoncer le nez. Non, tout ça c’est juste de l’amusement. On a bien rigolé.

Ça fait quoi alors d’être la star du moment ?

N’exagérons rien, mais c’est vrai qu’il y a un truc qui se passe. Beaucoup grâce à Serge Le Mytho. Tout d’un coup, il y a un petit focus, et c’est très agréable. Ça donne accès à d’autres types de films. Ce qui était un problème avant l’est déjà moins. Mais après, il ne faut pas se leurrer. Ce sont des moments. J’ai 37 ans, je n’en ai plus 20. J’ai un parcours qui a été vraiment “step by step”. Il faut en profiter, faire des choses qui te parlent parce que tu as un peu plus le choix, et ne pas oublier tes propres projets.

Qu’est-ce qu’on te dit quand on te reconnaît dans la rue ?

« Hey Serge ! Hey Serge ! Hey Mytho ! » Il y en a beaucoup qui me disent : « Mais ça ne te dérange pas qu’on t’appelle Serge ? ». Ben non ! Parce que c’est génial. Quelle sensation extraordinaire d’avoir fait au moins une fois dans sa vie quelque chose qui touche les gens. 

Tu rêvais de ça, enfant ?

Non. Comédien, ce n’est pas vraiment un hasard, mais quand même un peu. J’étais commercial. Je suis nul en business, mais je voulais sortir de ma condition, de Pantin. Je n’ai pas eu mon Bac. Je voulais gagner de la thune. J’avais de l’ambition, mais je ne savais pas où la foutre. Donc, je vendais des fenêtres, ça se passait super bien, je gagnais ma vie et je me disais que c’était peut-être ça ma vie. Et un jour, je suis allé voir mon meilleur pote dans un cours de théâtre… Et tu ne peux pas refuser quelque chose qui t’anime. Quelques mois après, j’ai démissionné, je me suis inscris dans ce cours, mais sans vouloir devenir comédien. Juste pour faire du théâtre. Et puis, les choses se sont mises en place. Il faut faire confiance aussi aux actes sans ambition. C’est l’ambition parfois qui vient salir la pureté d’un geste.

Et tu vendais des fenêtres à la façon de Serge Le Mytho ?

(Rires) Oui, il y avait un peu de Serge. J’avais la chance que la fenêtre soit un peu cassée, donc j’inventais un système à l’espagnolette qui n’existait pas du tout. Mais ça a été très formateur. Moi, je jouais le gars qui débutait. Tous les jours, c’était mon premier jour. J’arrivais avec la veste un peu de travers (rires).

Alors on dirait un mytho, mais tu es aussi Brad Pitt et Ryan Reynolds… dans le même corps ?

Tout à fait, et attention il y a du Oscar Isaac aussi. Tous ces gars-là, c’est moi ! Non, je les ai juste doublés dans des films. Brad Pitt, sur Burn After Reading, c’était vraiment le summum. J’ai eu la chance sur que le mec qui devait le doubler ait une galère. Le soir, je me la jouais : « Hola, les gars ! Vous parlez à Brad Pitt ». Mais bien évidemment, tout le monde s’en foutait.

Est-ce qu’on te demande souvent de faire des “interviews mytho” ?

Oui, et franchement à chaque fois qu’on me demande ça, c’est nul. Parce que dès qu’on veut mettre Serge dans un contexte différent du sien, ça marche moins.

Tu improvisais tout ou tu avais une trame ?

Ça dépendait. Les premiers dans Bloqué c’était que de l’impro et un flot de trucs qui arrivaient. Et pour la série, il fallait plus de rendement, donc on préparait en amont, on se mettait dans un bureau et je partais en impro. Il suffisait que je voie le tiroir et c’était parti : « Tu sais que mec, le gars qui a inventé le tiroir… » N’importe quoi, et on voyait où ça nous menait. D’ailleurs, les meilleurs sont ceux qui partent de nulle part.

Serge peut revenir en série ?

Il y a le film qu’on est train d’essayer d’écrire. Un truc plus long pour le développer. Il est hyprahumain. Ce serait top que ça se fasse, parce que Serge, c’est le personnage avec lequel j’ai pris le plus de plaisir dans ma vie.

Quel est le plus gros mytho que tu aies raconté dans ta vie ?

Je peux te dire qu’il y en a deux ou trois. Petit, j’avais raconté que c’était mon père qui fabriquait la voiture de K2000. Et, histoire de me faire des copains, je disais qu’il en créait des petites et je prenais des commandes de mini K2000 qui n’existaient pas, évidemment. J’en ai fait aussi un où je me suis dit : « Plus jamais je ne mens », parce que je me suis fait griller, et je me suis tapé la honte. J’avais trouvé une photo oubliée dans un photomaton, où une meuf faisait un bisou. Et moi, dans mon cerveau d’enfant malade, je mets un faux numéro derrière avec « Appelle-moi ». Et je fais croire que la meuf m’a vu dans le métro et m’a donné sa photo. Sauf qu’il y a un mec qui a noté le numéro. Il a appelé, il est tombé sur des vieux et il a compris que c’était un mytho. Et j’ai été affiché d’une violence… Mais tu verras, tu verras quand je gagnerai ma vie avec ça !

Un mot de conclusion ?

Je suis… Oh putain, là tu m’as choppé sur ce mot de conclusion. Non, écoute, je suis très heureux de défendre ce film mec, de connaître ces gens et d’avoir vécu ça. (En sanglotant) Voilà, et tu me feras chialer dans une autre interview j’espère. 

Coexister, de Fabrice Éboué, avec Fabrice Éboué, Audrey Lamy et Jonathan Cohen. Comédie. Sortie le 11 octobre.