Rétrospective des œuvres de Jean-Luc Verna au MAC VAL

Dessin, photographie, installation, sculpture, musique, danse, performance, cinéma… Jean-Luc Verna (né en 1966) est un artiste résolument pluridisciplinaire. Sa rétrospective au Mac Val propose une plongée dans son univers protéiforme et transgressif, à travers quelque 300 œuvres.

Rétrospective Jean-Luc Verna au MAC VAL, bande-annonce par L. E. Rocq-Harvard, 2016 from MACVAL Productions on Vimeo.

Affichés sur chaque mur du vaste espace d’exposition, ses multiples dessins sont habités d’une violence crue qui saisit dès l’entrée. La beauté de ces images sombres, gores, à l’esthétique radicale et provocante, met mal à l’aise. Sexe, mort, religion… sont autant de thématiques manifestes. Aux côtés des crânes, doigts d’honneur et autres oiseaux morts, apparaissent étonnamment de nombreuses baguettes magiques et étoiles. Évocations de l’innocence de l’enfance, celles-ci se transforment rapidement en armes tranchantes. Seules touches de légèreté au sein de l’exposition, les quelques sympathiques variations autour du logo de la Paramount (« Paramor », « Piramor »…) séduisent par leurs ampoules colorées.

 

Paramour, 2011, Transfert sur bois vernissé, guirlandes lumineuses, 80 ampoules, diamètre 265 cm. Photo  © Marc Domage Courtesy

Dans l’univers queer et trash de Jean-Luc Verna, la nudité s’expose, à l’infini : le corps est au centre de son travail. Dans une mise en scène de lui permanente, il expose son corps nu recouvert de tatouages, il le travestit, le modèle, le maquille, le transforme. L’intimité de ce corps changeant, confronté au temps qui passe, envahit l’espace jusqu’à saturation. Photos, clips vidéo, enregistrements de concerts ou de pièces de théâtre… La figure de l’artiste est partout où se porte le regard. Performeur génial à la personnalité excentrique, il met en lumière les surprenants accents féminins de son corps d’homme. Et, lorsqu’il reproduit les pauses de l’un des deux Esclaves de Michel-Ange ou du David du Bernin, une grâce certaine se fait jour.

Le faible éclairage et la bande-son, dispensant cris d’oiseaux, bourrasques de vent ou encore quelques « non ! » sévères assénés par une voix masculine, contribuent à créer une atmosphère inquiétante. La visite se fait dans une certaine agitation intérieure, faisant obstacle à l’habituel recueillement muséal, et c’est tant mieux. Au milieu de ces œuvres surjouant la noirceur du monde, le trouble s’installe… Qu’il serait doux, à l’image de l’artiste, de s’abriter derrière une myriade de tatouages ! Comme un « costume de scène pour affronter la vie » 

 

 

 

Siouxsie, 2015. Transfert sur papier Bristol rehaussé de crayon de couleur et maquillage 61,2 cm x 59,8 cm Photo © Marc Domage Courtesy