ROBERT REDFORD : TOUT UN CINÉMA

Icône incontestée du septième art, Robert Redford a consacré sa vie au cinéma au point de créer Sundance, le plus grand festival de films indépendants au monde – qui a également sa propre chaîne de télé. Celle-ci lui rendra hommage le 26 septembre, et nous profitons de l’occasion pour nous entretenir avec une légende.

Quel est votre meilleur souvenir du Festival du film indépendant de Sundance ?

Robert Redford : Je pense que c’est le tout début, quand je regarde le contraste avec ce que le festival est devenu aujourd’hui. Au démarrage, la seule chose que nous avions pour nous, c’était l’espoir. Nous n’avions ni publicité, ni soutien financier, parce que beaucoup pensaient que ça n’allait jamais marcher. Cet événement dans l’Utah, en plein milieu du territoire mormon, c’était cinglé. Et le faire au cœur de l’hiver, c’était encore pire. Mais moi, je me disais qu’il fallait justement que ça ait l’air dingue, sinon personne n’aurait l’idée de venir. Et je me disais : « Au pire, on skie ! ». Moi, j’adore skier. Et le plus drôle, c’est que ça a marché.

 

Quel est votre pire souvenir ?

Le pire souvenir, c’est probablement lorsque le festival a commencé à marcher et qu’il est devenu à la mode. Là, c’est devenu « the place to be » et ça a commencé à attirer les mauvaises personnes, des gens des maisons de haute couture, ou des marques de parfums. Ils ont dit aux boutiques de la rue principale : « On triple votre salaire mensuel si vous nous laissez redécorer votre vitrine pendant 10 jours. » Du coup, les grandes marques sont arrivées en proposant aux stars de leur offrir des cadeaux si elles venaient. Et d’un seul coup, la presse s’est plus intéressée à cet aspect qu’aux films. J’étais très vigilant à ce sujet, et puis la crise est arrivée, les marques se sont repliées, et on a repris le contrôle sur ce genre de choses.

 

Est-ce que vous avez eu des problèmes avec les studios hollywoodiens à cause de votre engagement pour le cinéma indépendant ?

Non, non, il n’y a pas eu de problèmes. Au début, il n’y avait pas de studios impliqués dans le festival. Et puis, plus les choses ont avancé, plus les talents ont émergé, et plus les studios se sont mis à les récupérer. La question s’est posée pour eux de rester indépendants ou de rejoindre les rangs d’Hollywood. Et ça a changé le visage de Sundance. C’est devenu un endroit où les gros studios venaient faire leur marché.

 

Grâce aux nouvelles technologies, c’est plus facile de faire un film aujourd’hui, non ?

Non, ce n’est pas facile et ça ne l’a jamais été. Techniquement, c’est plus simple. Mais ça reste difficile de réunir l’argent. Parce que si vous n’avez pas de studio pour vous protéger, vous devez porter le projet vous-même. Parfois cela prend des années. Et même si vous avez la chance que le film se fasse, vous ne pouvez pas savoir s’il va être distribué. J’ai fait quelques films terriblement mal distribués comme All is lost par exemple. C’était un bon film, mais beaucoup de gens n’ont pas eu la chance de le voir, parce que le distributeur n’a pas voulu investir d’argent dedans.

 

Êtes-vous nostalgique du cinéma des années 70 ?

Oui. Dans les années 70, j’étais béni en tant qu’acteur et réalisateur, parce que je pouvais faire des gros films comme Butch Cassidy et le Kid ou Les Trois Jours du condor, mais les studios m’autorisaient aussi à faire des films plus indépendants si le budget ne dépassait pas 5 millions de dollars. Nous avons fait Jeremiah Johnson pour 3 millions. C’était risqué, mais je pouvais le faire. Ça a changé dans les années 80 et 90 où les studios voulaient uniquement se concentrer sur des gros films qui leur garantissaient de gagner de l’argent. C’est pour cela que les plus petits films ont pu aller à Sundance.

 

Vous avez récemment tourné dans Captain America, le soldat de l’hiver. Hollywood vous aime bien alors ?

Je ne sais pas s’ils m’aiment, mais si je me pointe, ils me donnent ma chance (rires).

 

Quels sont vos premiers souvenirs de cinéma ?

J’ai grandi dans un quartier pauvre où le seul divertissement que nous avions était d’aller au cinéma le samedi soir. Dans les années 40, le cinéma était merveilleux, il y avait des comédies musicales, des films de Disney. Et puis mes goûts ont commencé à changer quand j’ai vu les films de John Huston comme Le Trésor de la Sierra Madre ou Le Troisième Homme de Carol Reed. Là, je me suis dit que le cinéma était vraiment quelque chose d’intéressant. J’étais captivé.

 

Pour terminer, quel effet ça fait d’être une icône ?

Je ne peux pas vous répondre, parce que je ne me lève pas le matin en me disant que je suis une icône (rires).