Roman Frayssinet, un humoriste en perpétuelle introspection …

Nous avons rencontré Roman Frayssinet au Trianon lors de répétitions pour son spectacle Alors qui est programmé début janvier 2020. Sensible, humble et très réfléchi, ce jeune prodige de l’humour s’est prêté au jeu de l’interview avec une grande simplicité et générosité. Voici son portrait en 10 questions.

Roman Frayssinet
© Roxane Moreau

Comment ça va Roman ? Tu cours partout en ce moment entre ton dernier spectacle Alors et ta série Migraine… Raconte nous une journée type avec toi du lever au coucher si ton emploi du temps te permet de dormir un peu…

C’est assez épuisant mais j’aime ça et je suis très content. Je me bats contre les choses négatives comme la fatigue ou la lassitude et globalement je suis comblé dans ma vie. Je me lance des nouveaux challenges et  je suis heureux de voir que le public est au rendez-vous. Je rencontre des gens incroyables. Je suis très bien entouré et ça me fait tenir. J’espère que ça va durer longtemps comme ça ! J’aime ma vie justement car il n’y a pas vraiment de journée type !

Dans cet emploi du temps palpitant, tu n’as plus de place pour ta chronique dans l’émission de Mouloud Achour Clique Dimanche, est-ce que ta disparition est temporaire ?

Effectivement, l’année dernière j’avais ma chronique toutes les semaines et là dernièrement j’ai fait plutôt une chronique par mois. Le temps fait que je suis très pris, mais on a ouvert la porte à une autre section d’humoristes avec notamment Ahmed Sparrow et Redouane Bougheraba qui me font beaucoup rire. Je suis content que d’autres gens aient cette plateforme pour révéler leur talent et montrer qu’ils ont eux aussi des choses à dire. Sinon, Migraine ma série passe quand même toutes les semaines dans l’émission de Mouloud. C’est déjà beaucoup de travail de garder le rythme d’un épisode de Migraine une fois par semaine, parallèlement au spectacle qui joue trois fois par semaine au théâtre de l’Oeuvre.

Justement, MigraineAlors, que des choix de titres originaux… Explique-nous.

Alors n’a pas de ponctuation c’est pour que le spectateur soit libre de décider car c’est un mot qui en fonction de la ponctuation peut pouvoir dire plein de trucs. Alors ? C’est souvent la première question que les gens se posent après avoir vu un spectacle. Dans ce spectacle, je fais des constats et j’aime bien que les gens repartent en se posant encore plus de questions et en se demandant et alors quoi ?

Et Migraine, car je me prends beaucoup la tête (rires). Je suis en perpétuelle réflexion. On me dit depuis que je suis tout petit que je pense trop. Je réfléchis tellement que je m’en fais mal au crâne ! Avec Migraine, j’ai voulu rentrer dans les pensées les plus secrètes des gens. Tout le monde a ses petites voix dans sa tête. Le personnage de la série est tout le temps partagé, il est tiraillé car il est très indécis. Moi, ces petites voix dans ma tête je les entends en permanence.

Quelles sont les grandes thématiques que tu abordes dans ton spectacle seul en scène ?

La grande thématique du spectacle c’est l’existence. L’enfance, l’adolescence, être un adulte, avoir peur, l’amour, le désir, l’imagination, le temps, les rêves, la mort ce sont ce genre de thèmes qui me plaisent ! Et dans le spectacle on passe par tous ces thèmes que l’on visite !

Copyright Roxane Moreau
Roman Frayssinet. Affiche de la tournée

Avant de faire ton one-man-show, tu as fait les premières parties de Blanche Gardin : quelles sont les femmes humoristes qui te font rire et t’inspirent ?

Blanche c’est quand même la crème de la crème de ce qui se fait en humour francophone. Sinon j’aime beaucoup Marina Rollman car il y a une modernité, une subtilité, une finesse chez elle ! Blanche et Marina c’est le meilleur de ce qui se fait en ce moment !

Et quels sont les hommes humoristes qui te font rire ? Existe t-il une concurrence entre vous car vous êtes nombreux de cette génération ?

J’ai une très belle relation avec Fary  par exemple, on n’hésite pas à s’appeler pour se donner des conseils. On se soutient tous dans cette génération et se souhaite mutuellement le succès, il y a une bonne ambiance entre nous, nous ne sommes pas du tout en concurrence. J’ai du respect pour tous les gens qui marchent en ce moment et personne n’a volé son succès !  J’aime beaucoup ce que fait Haroun et sa démarche, je le trouve très fort. Je suis très content d’avoir trouvé ma place dans un milieu qui est pourvu d’autant de talents !

Tu parlais de Fary, il a rempli l’AccorHôtels Arena-Bercy cette année, justement Roman quelles sont les salles qui te font rêver ?

Moi la salle qui me faisait rêver c’était l’Olympia. Et j’ai eu la chance d’y jouer en mai dernier. Je suis très heureux de l’avoir fait et j’ai vraiment hâte de le refaire. Jusqu’à maintenant c’est la meilleure expérience de scène que j’ai vécu de toute ma vie. C’est un endroit qui est parfait pour faire des blagues. Je ne vise pas vraiment plus gros. Du coup les Zéniths ne me font pas vraiment rêver car j’aime bien la proximité avec les gens. Je préfère faire trois fois l’Olympia qu’un Zénith.

As-tu des conseils pour nos lecteurs de bonnes adresses pour manger, boire un verre, faire la fête qui sont autant d’adresses où ton fan club pourra avoir la chance de te croiser…

J’aime beaucoup la terrasse du Brebant pour travailler et boire un café. L’équipe est très gentille avec moi. Je suis souvent dans ce coin là.

Copyright Roxane Moreau
Portrait de Roman Frayssinet.

Faisons le bilan de cette année 2019… Quels sont tes projets en 2020 et qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour cette année à venir ?

Si je devais faire un bilan de cette année 2019, je dirais qu’il y a eu des victoires, des défaites. Je commence à peine à comprendre à quel point c’est long et difficile de faire carrière. J’ai compris aussi à quel point moralement c’était intense et qu’il fallait être bien entouré, et c’est mon cas et mon luxe en ce moment. Il faut une perpétuelle introspection. Cette année, j’ai découvert la célébrité, le fait d’être reconnu dans la rue. Il ne faut pas tomber dans ce piège pour l’égo et rester un pied dans la réalité et un pied dans l’imaginaire pour la création. Voilà mes bilans de cette année : continuer à travailler, garder les pieds sur terre, et continuer à faire confiance aux bonnes personnes, et tout devrait bien aller ! 2020 c’est la tournée je vais m’y consacrer à fond, je vais énormément travailler ! Ce que l’on peut me souhaiter c’est la force et la présence d’esprit de faire les choses bien et pour les bonnes raisons. C’est crucial de garder les pieds sur terre et une forme de simplicité pour faire rigoler les gens.

Pour finir, j’aime bien conclure avec une mini interview porte-clés, raconte nous ce qu’il y a sur le tien.

Et bien figure-toi que je n’ai pas du tout les clés de chez moi là ! (rires) Il y a toujours des gens qui dorment chez moi sur mon canapé et là c’est la personne qui est chez moi qui a mes clés. Sinon, niveau clés, je suis très minimaliste. Je n’ai pas de scooter ni de voiture, j’ai juste un bip d’entrée de mon immeuble et la clé de mon appart.

Quelle est la clé du bonheur selon toi ?

C’est ne pas espérer être heureux tout le temps. C’est accepter que la tristesse est nécessaire au bonheur futur. La clé du bonheur c’est l’humilité. C’est prendre la vie comme elle est et surtout prendre du recul. Mais aussi être dans le don et essayer de faire les choses dans l’intérêt commun et pas dans son intérêt propre, globalement ça amène plus de joie que de se mettre au centre des choses.

La clé du succès ?

Le travail ! J’essaie de bosser énormément ! J’ai vu la différence quand je ne travaille pas assez … La clé du succès c’est chercher l’originalité, prendre des risques et faire des efforts. La chance et les rencontres arrivent quand on prend des risques !

Quelqu’un a t-il la clé de ton cœur ?

Malheureusement non ! Même moi je n’ai pas la clé de mon cœur ! Disons que, parfois, il y a des gens qui tapent à la porte et je leur ouvre mais c’est rare que je donne un double des clés !

Copyriht Claire Nini
Affiche dans le métro annonçant Alors au Trianon en janvier 2020.
  • au théâtre de l’Oeuvre jusqu’au 21 décembre du jeudi au samedi à 21h 
  • au Trianon les 2,3,4 janvier 2020
  • en tournée dans toute la France à partir d’avril 2020
  • à l’Olympia les 21 et 22 décembre 2020