Romance sauvage

Référence dans le théâtre musical, la compagnie Les Epis Noirs a su imposer un style, un code couleur, une vision. Elle reprend du service avec un nouvel opus entre spectacle vivant et énergie rock, présenté dans sa formation originelle, intimiste.

Dans le shaker : un peu de cœur brisé, une pincée d’ironie, un zeste d’onirisme, une cuillerée de passion et une grosse rasade de riffs trippants. Un cocktail de sauvagerie et de cool qui tourbillonne pour nous conter sur tous les tons et tous les timbres comment on s’aime, avec nos failles et nos doutes. Le doute est justement le cœur battant de cette histoire d’amour qui voit nos deux énergumènes (Manon Andersen et Pierre Lericq dirigés par Sylvain Jailloux) cogiter sec à la veille de leur mariage, conscients qu’ils peuvent encore dire non ! À la radiographie débridée de ce couple qui (se) déchire, s’ajoute une savante alchimie burlesque basée sur l’opposition des caractères. D’un côté, un gars au cynisme conquérant, de l’autre une fille charmante de candeur, prête à imiter le cri de la baleine pour lui plaire…

Conçue comme un trip visuel et sonore, cette Romance Sauvage aligne des morceaux soyeux ou pleins d’épines où les voix ruissellent d’émotion sans prendre l’eau. Son millésimé, lumières stroboscopiques, chansons portées par la grosse caisse (ou le ukulélé) de Manon et la guitare tranchante de Pierre : il y a dans ce compte-à-rebours dionysiaque de quoi se libérer de la pesanteur ambiante. Doté d’une véritable plume, Pierrot se plaît à faire le malin, jonglant avec les digressions absurdes ou les vers incantatoires de Gérard de Nerval (El Desdichado, Les Chimères, 1853). Un monde sonore sinueux, sensoriel et subversif explose quelque part entre nos deux oreilles. Les fans sont comblés : l’ADN des Epis Noirs est bien en place.

Note : 4/5