Salon du livre : le Brésil à l’honneur

Le Brésil est l’invité d’honneur du 35e Salon du livre de Paris. Débats, voyages, rencontres formeront encore l’attractif festin d’un rendez-vous qui attire chaque année près de 200 000 visiteurs

Le Salon du Livre de Paris fait partie des deux ou trois grands événements littéraires de l’année, avec le Prix Goncourt et le Nobel, qui permettent aux écrivains de tenir la place pour quelques jours, et de remplacer les pensionnaires habituels des médias que sont les acteurs, animateurs ou politiciens. Ce n’est pas du luxe tant la situation semble paradoxale. L’armada des gros lecteurs (dix ouvrages par an à peu près) diminue chaque année. Dans notre société zapping, la concentration s’est perdue, et lire un roman ressemble aujourd’hui à une médiation zen dans un monastère tibétain. De plus en plus, les Français réservent le peu de temps dont ils disposent au Goncourt ou à une autobiographie people. Et pourtant, menacé, en recul, ballotté par la révolution numérique, le livre conserve une incroyable aura en France. Il demeure un cadeau de choix, très présent au pied du sapin de Noël. Les hommes politiques, animateurs, chanteurs – comme Marc Lavoine, en tête des ventes avec son récit L’homme qui ment chez Fayard – n’ont qu’une idée en tête : acquérir le statut encore sacré d’écrivain.

Les grandes stars des lettres

Et surtout, le livre continue de servir de refuge aux esprits angoissés. Après la grande crise économique et les attentats de janvier, les citoyens, désireux de comprendre le monde dangereux dans lequel ils vivent, se sont rués sur les essais et autres récits historiques. Ils viendront sans doute écouter les colloques du Salon, entendre des philosophes ou romanciers expliquer la religion, l’économie, le sport, ou l’immigration… C’est donc à un feu d’artifice de créations et de débats essentiels que nous convie depuis 1981 le Salon du livre. En 1988, pour donner un peu de piment au rendez-vous, les organisateurs, profitant de l’exceptionnelle attention accordée aux littératures étrangères en France, décidèrent d’inviter chaque année un pays. Les plus grandes stars des lettres du XXe siècle ont ainsi arpenté les allées du Grand Palais, puis de la porte de Versailles, du Japonais nobélisé Kenzaburo Oé à Salman Rushdie. En 1998, année de la Coupe du monde de football en France, le Brésil y déploya ses couleurs, avec une délégation de haut vol menée par le grand romancier Jorge Amado décédé en 2001. Dix-sept ans après, le grand pays carioca expose pour la deuxième fois sa littérature méconnue (près de 50 auteurs seront présents). La difficulté pour le visiteur sera de se familiariser en un minimum de temps avec l’art d’une si grande nation.

De Chico Buarque à Luisa Geisler

Les éditions Métailié ont eu la bonne idée de compiler vingt-cinq écrivains du présent et de l’avenir, du doyen, le célèbre romancier et musicien Chico Buarque, 71 ans, au plus jeune, Luisa Geisler (24 ans). C’est un romancier de la génération intermédiaire (né en 1961), Luiz Ruffato, qui a procédé à la sélection et à la présentation des textes. La plupart de ces auteurs ont commencé leur carrière dans les années 1990, juste après la dictature. La violence des favelas vue de l‘intérieur, la famille, les classes urbaines plutôt aisées, la fascination pour les États-Unis à travers sa musique et ses publicités, la douleur de l’exil, même à Paris, forment la thématique d’œuvres qui rendent compte d’une nation à l’âme très agitée. Dans sa préface, Luiz Ruffato nous renseigne sur le taux de lecture au Brésil, très bas selon lui. Un Brésilien lirait en moyenne quatre livres par an. Il mentionne aussi une librairie pour 63 000 habitants. Avec 20 % d’“analphabètes fonctionnels”, le Brésil offre un gigantesque chantier pour une littérature qui hésite admirablement entre désespoir et promesse.

 

Photo : Fernando Maia/Riotur