Scènes de la vie conjugale

Après avoir découvert la série Scènes de la vie conjugale à la télévision, Safy Nebbou et Jacques Fieschi se sont intéressés au texte de Bergman pour l’adapter à la scène et en faire le lieu impressionnant de la pire des réclusions : la prison nuptiale.

Ah ! le grand mystère du couple et sa complexe réalité : toujours le même refrain désespérément humain… Sauf quand il est fredonné par Ingmar Bergman. Avant d’en tirer un film (porté entre autres par Liv Ullmann et Erland Josephson), le maître du genre a d’abord tourné en 1973 Scènes de la vie conjugale pour la télévision : une série en six épisodes qui a définitivement tatoué les mémoires des Suédois. Et la nôtre. Nous voilà invités à découvrir vingt ans de la vie de Johan et de Marianne, parents de deux filles. Un couple à priori inoxydable. Et pourtant, la banalité confortable de leur vie va se déliter. Comme tant d’autres, Safy Nebbou et Jacques Fieschi se sont intéressés au texte de Bergman pour l’adapter à la scène et en faire le lieu impressionnant de la pire des réclusions : la prison nuptiale. La réussite de leur adaptation (réduite à deux personnages) doit beaucoup à une sorte de naturalisme aiguisé, délesté de toute afféterie : une mise à nu éclairant l’intime dans toute sa densité. Avec des moments de vérité bruts comme quand Johan assène à sa femme : « Je n’ai jamais trouvé la moindre vérité dans notre couple » ou cerise acide sur le gâteau qui s’effondre : « L’amour a une fin, c’est comme ça. » Le spectacle s’ouvre sur le visage filmé des acteurs cadrés serrés et séparés et respecte les six séquences, disséquant au scalpel les imprévisibles méandres de la vie maritale. C’est efficace et précis dans l’exploitation des situations (d’une justesse implacable), un peu moins dans la scénographie de Cyril Gomez Mathieu, trop rigide pour laisser exploser la sauvagerie du texte. Mais les comédiens balayent ces réserves et emportent l’adhésion : Laetitia Casta habite son personnage avec une intensité et une fraîcheur sidérantes face à Raphaël Personnaz, désarmant de vérité. Le spectacle voyage après la représentation. C’est toutes nos vies qu’il résume.

Jusqu’au 30 avril, du mercredi au samedi à 21 h, à 17 h samedi et dimanche. Théâtre de l’Œuvre, 55, rue de Clichy, 9è. M° Place de Clichy. Pl. : 19-42 €. Tél. : 01 44 53 88 88.