Scènes : les spectacles de la semaine

Retrouvez la sélection A Nous Paris des spectacles de la semaine !

Gauthier Fourcade : liberté ! (avec un point d’exclamation) 


© Pierre François

Un one-man show ? Eh bien, non ! Celui-là est différent : un fin artisan du rire, exigeant, fantasque, comme tombé de la Lune. Indispensable herbe folle dans le jardin de l’humour hexagonal, Gauthier affine depuis des années une œuvre cousue main au charme hilarant. Fourcade est son nom. Prononcez-le, et vous verrez s’ouvrir les portes d’un univers absurde exhortant à abandonner tout repère cartésien. Où le ranger ? Du côté des clowns déjantés, des oulipiens, des faiseurs de songes et des ciseleurs de mots.

Devos et Vian doivent sympathiser quelque part sur son arbre généalogique. Auteur-interprète de délectables solos poético-philosophiques, cet obsédé textuel nous confronte ici à un drôle de type qui refuse de faire des choix et qui, de ce fait, ne se résout à rien. Ah si, il s’interroge sur le déterminisme et surtout, il reformule la vieille question de toujours, celle de la liberté. Ça débute en chansons, mais notre électron libre ayant décrété que la liberté d’un comédien « ce n’est pas de choisir mais de créer », on passe alors du coq-à-l’âne (de Buridan) à la religion, de l’amour à la politique, avec en creux l’écho des maux de notre temps. Insensé ? Non, évidence irréfutable d’un texte au cordeau associé à une mise en scène complice et inspirée.

William Mesguich tire le meilleur d’un décor de bric et de broc dans le pur « style Gondry«  et confère une jolie théâtralité à ce conte philosophico-sociétal doublé d’une ode à l’imaginaire. Enchâssant les assonances astucieuses et les jeux sémantiques au fil d’une véritable pyrotechnie lexicale, ce facétieux tord-syntaxe se révèle (enfin) comédien et fait du spectateur un partenaire de jeu et de réflexion qu’il s’ingénie à surprendre sur ce chemin où tout est fortuit, sauf son souverain talent de maître de l’Absurdie._

Jusqu’au 5 novembre, les jeudis, vendredis et samedis à 21h, dimanche à 17h. Manufacture de Abbesses, 7, rue Véron, 18e, M° Abbesses. Places : 13-24€. Tél. : 01 42 33 42 03.

Fred Pellerin : un village en trois dés


© Eric Martel

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une grand-mère conteuse dans sa famille. Fred Pellerin, si ! Mieux, la sienne est un modèle « auto-archivant«  : elle se souvient d’hier, d’avant-hier ou d’il y a cent ans et vous le narre avec une façon unique d’accrocher l’oreille. Une chance pour ce conteux hors pair car il s’intéresse ici au moment fondateur de Saint-Élie-de-Caxton, son village natal – 1836 âmes dans la municipalité régionale du comté de Maskinongé en Maurice (Québec) – auquel il est très attaché.

Une question le taraude : que s’est-il passé entre le moment où « on n’existait pas et le moment où on a existé ? » Notre conteur consulte les archives municipales, mais le grand volume des « minutes » a été amputé de ses trois premières pages. Aidé par les « réminiscences proustiennes«  de sa grand-mère, il remonte au point zéro de cette mémoire villageoise (le 12 avril 1863) et nous entraîne avec lui dans un sixième « voyage conté« . Reposant sur des structures d’histoires tricotées entre elles pour créer une métahistoire, ce dernier regorge d’idées jaillissantes, de personnages inénarrables (Méo, le « barbier des sévices« , Alice, la première postière capable de « licher » les enveloppes dans les deux sens, le curé tout neuf…) et d’images indélébiles.

Quelle incroyable force d’évocation ! On est à la fois dans le journal intime et la chronique de village onirique, dans le personnel et l’universel, la réalité et l’imaginaire. Et c’est captivant. Pellerin impose son rythme, son humour, son sens de la formule pour dire la vie comme il la ressent : compliquée, farceuse, surprenante, éblouissante, cruelle. Et ponctue le tout d’une bonne dose de québécismes et de délicieux interludes chantés à la guitare. Le public se fend d’une standing ovation. Normal : le conte est bon. Très bon. Alors « niaise pas avec la puck«  (n’hésite pas) et ne le manque pas !_

Jusqu’au 5 novembre, du mercredi au samedi à 19h, matinée le dimanche à 18h (la représentation du 25 octobre est reportée au 31 octobre). Théâtre de l’Atelier, Place Charles Dullin, 18e. M° Abbesses. Pl : 17- 25-33-10 €. Tél. : 01 46 06 49 24.