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Sky’s The Limit, un livre dédié au street art XXL

Mardi morose. Jour de pluie. Le métro file le long de la ligne 7 jusqu’à la station Pierre et Marie Curie. Une fois sortie de terre, le paysage s’élève. Des barres d’immeubles figées dans le temps côtoient des petites bâtisses au cœur battant. La grisaille et la bruine tutoient Ivry, vieille fille post-industrie.

 

Le Village

Les différents artistes du Village
Les différents artistes et artisans du Village. De gauche à droite et de haut en bas : les photographes Jeremy Marais et Fabrice Labit, le sculpteur Auguste Tozzola dans son centre de formation de poterie, la bijoutière Marion Colasse, l’artiste Steve Pitocco, l’artiste Vincent Bargis, l’artisan Alban de Dmd design, spécialisé en encadrement sur-mesure. © Alizée Szwarc Meireles

 

Dans une ancienne fabrique de tracteur désormais appelée Le Village, on retrouve Jérôme, un documentariste qui traîne ses baskets dans le milieu hip-hop depuis une vingtaine d’années. Il vient de sortir Sky’s The Limit, un documentaire couplé d’un livre consacrés au néo-muralisme,  une pratique qui consiste à transformer des façades d’immeubles en œuvres d’art. Le résultat de cinq années à crapahuter aux quatre coins de la France pour aller à la rencontre d’Inti, Astro, Vhils, Katre , Borondo, ou encore C215. Après nous avoir fait faire le tour du propriétaire pour nous présenter les artistes et artisans du Village, il nous confie ses pistes de réflexion sur son sujet de prédilection.

 

 

De la communauté à la popularité

carte de France des projections du film Sky's The Limit
Jérôme Thomas a réalisé son documentaire et son livre grâce au financement participatif. Sans distributeur, il a lui-même organisé 70 projections à travers la France. © Alizée Szwarc Meireles

 

Longtemps interdit et sanctionné, le graffiti, street-art ou art urbain s’est peu à peu imposé comme un pan solide de l’art contemporain. Du Mexique dans les années 20, aux Etats-Unis et sa popularisation dans les années 70, la peinture comme apparat de l’espace urbain tient sa source dans des quartiers défavorisés, où des populations laissées pour compte commencent à signer des murs au sein de leur communauté pour mieux se l’approprier et en-dehors pour faire connaître leur griffe. Une culture urbaine qui s’est aujourd’hui mondialisée comme un ré-enchantement d’espaces oubliés et délaissés où tout peut être réinventé.

Si la peinture dans l’espace public est avant tout un acte politique, elle permet également de transmettre des idées, de faire réagir, d’émerveiller et de bousculer. Elle permet, comme l’évoque le street artiste C215, de ramener de l’art à des personnes qui n’y sont pas invitées.

 

De la bombe au rouleau

Jérôme Thomas, auteur du livre et documentaire Sky's The Limit
Le documentariste qui s’est déjà penché sur les sujets de la culture urbaine, de la création musicale ou du pouvoir des internautes, s’intéresse désormais au néo-muralisme. Ici dans la salle dédiée à stocker les livres. © Alizée Szwarc Meireles

 

Les municipalités des villes ont vite compris l’intérêt du muralisme, un moyen original de rénover des façades, voire des quartiers, à moindre coût. Un engouement progressif qui a petit à petit « mécanisé » la pratique. Les artistes ont dû s’équiper pour pouvoir étendre leurs créations à l’échelle d’un mur entier. « Tout le paradoxe de la peinture sur grande surface vient du fait que les artistes travaillent dans des paniers élevés de 1m2, parfois de longues heures de suite, pour couvrir une surface immense. Une contrainte de temps mais également de météo. Ils ont donc majoritairement lâché la bombe pour se mettre au rouleau et être plus productif. Ils travaillent à perche levée » nous explique Jérôme.

 

Créer de l’attractivité et de la conversation

couverture et dernière de couv du livre sky's the limit
Couverture et dernière de couv du livre Sky’s The Limit

 

Fabio Rieti disait : le mur crée du bavardage. De plus en plus intégrés dans le processus de création d’une fresque murale, les habitants d’un quartier peuvent être consultés pour le choix d’une œuvre. Certaines figures emblématiques peuvent même finir sur les façades. Une médiation qui a le mérite de créer du lien dans le but de métamorphoser des zones périurbaines, post-industrielles ou oubliées en zone d’attraction artistique.

Sky Is The Limit, les peintres de l’extrême. 40€ le livre et le documentaire de 126’.
A commander directement sur le site Sky’s The Limit.