Solar Wind, les couleurs du cosmos

À la jonction du boulevard périphérique et du quai d’Ivry, une œuvre monumentale change perpétuellement de couleur, traduisant en temps réel l’activité solaire. Une installation artistico-scientifique nocturne, belle et inquiétante comme une aurore boréale.

Depuis fin janvier à proximité du quai d’Ivry, les habitués du périphérique en voient de toutes les couleurs. En outre, l’œuvre monumentale de 40 mètres de haut serait visible depuis tout le Sud parisien… L’ensemble intitulé Solar Wind, projeté sur les deux silos des ciments Calcia, change de couleur au gré de l’activité solaire. Celle-ci étant sans cesse instable, Solar Wind clignote en permanence de toutes les teintes de l’arc-en-ciel. Ces variations de couleurs évoquent les phénomènes d’aurores boréales. À la nuit tombée, l’œuvre signée Laurent Grasso (Prix Marcel Duchamp 2008) offre ainsi une touche de poésie au beau milieu d’une zone très dense en circulation. Car bien que le quartier alentour, Paris Rive Gauche, soit en pleine mutation, il s’agit de viser une meilleure qualité de vie. L’installation contemporaine, à la jonction de l’art et de la science, devrait scintiller ainsi pendant dix ans.

Laurent Grasso © Mathieu Cesar

Du point de vue technique, Laurent Grasso a travaillé avec l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire arts-sciences du CNES – Centre national d’études spatiales – pour mettre au point un algorithme capable de réagir en temps réel aux données provenant du cosmos. Solar Wind est une forme de traduction en simultané des mouvements célestes et des éruptions solaires… Par exemple, quand les silos virent au rouge, c’est le signe qu’une météorite passe. En cas d’éclipse, il sera intéressant de voir comment Solar Wind l’interprète en couleur. L’artiste a conçu l’œuvre en collaboration avec des ingénieurs spécialisés en optique pour obtenir une lumière extrêmement fine et puissante qui soit visible de très loin.

Laurent Grasso, SolarWind, 2016 © ADAGP – Semapa Paris Rive Gauche – Ciments Calcia – Eva Albarran & Co, photo Romain Darnaud

Selon Laurent Grasso, au-delà de la portée esthétique de l’œuvre, Solar Wind exprime quelque chose de plus : « La puissance des éruptions solaires nous met face à notre absence de maîtrise. C’est un sujet à la fois poétique et philosophique qui génère un imaginaire infini ». L’artiste fait en partie référence à un événement qui s’est produit en 1989. Quand la puissance des forces électromagnétiques peut produire un blackout électrique mondial… Deux irruptions solaires en mars et août 1989 eurent des effets dévastateurs sur les réseaux électriques, entraînant notamment l’arrêt de la bourse de Toronto et un blackout total au Québec. Quelques années plus tôt, dans le climat paranoïaque de la guerre froide, des aurores boréales spectaculaires au Texas et en Floride furent interprétées comme des attaques nucléaires. Et l’artiste d’ajouter : « L’œuvre joue sur nos peurs contemporaines en créant une tension autour de l’inconnu lié aux vents solaires et à leurs possibles effets sur la Terre ». De quoi prendre conscience d’une dimension nouvelle.