Sophia Aram : le fond de l’air effraie

Les fans de Sophia Aram – comédienne de one-woman-show – et ceux de Sophia Aram – chroniqueuse satirique sur France Inter – n’étaient pas forcément les mêmes, tant l’humoriste s’illustrait différemment dans ces deux registres. Le fond de l’air effraie pourrait changer la donne.

Comme elle le dit elle-même, l’envie d’écrire ce spectacle (avec Benoît Cambillard, son co-auteur et compagnon de vie) lui a été inspiré par un désir de parler de l’air du temps et de l’actualité politique « après quatre années passées au sein de la Matinale de France Inter ». C’est à dire qu’elle a abordé ce spectacle, contrairement aux autres, comme une sorte de revue de presse, mâtinée d’un bilan de sa propre carrière médiatique de ces dernières années.

La jeune femme aborde donc point par point l’un et l’autre : la montée de l’islamisme radical, les bobos qui envahissent les « quartiers » (thème malicieusement abordé par un personnage, la tante Fatiha, qui en parle comme on parlerait de populations immigrées), la frénésie parfois aveugle des réseaux sociaux, les deux plus grosses ventes éditoriales de l’année (Trierweiler et Zemmour), mais aussi son « naufrage » télévisuel avec l’émission « Jusqu’ici tout va bien », sur France 2, la mort de ses copains de Charlie (l’enterrement de Charb est un passage hautement comique qui réjouirait sans doute l’intéressé), ses rencontres avec les Le Pen fille puis père, face à face au micro de la Matinale (« Comment j’étais pétée de trouille. Mes cheveux ont défrisé direct. Mieux qu’un lissage brésilien, j’avais l’arabité qui se repliait sur elle-même. Cinq minutes de plus et je terminais blonde. »)…

Sophia Aram n’est pas une bête de scène. Sa voix est fluette, ses mouvements, parfois imprécis. Mais dans l’exercice du commentaire acide, dans une certaine finesse d’écriture, où l’engagement politique de gauche est sincère (au point de manquer parfois de nuances) mais jamais dépourvu d’auto-dérision, elle excelle. Si bien qu’elle rend possible la mission périlleuse qu’elle s’était fixée : faire rire, ou tout simplement alléger l’atmosphère autour d’une actualité qui n’a rien de drôle.

Elle ne fait pas une bouchée de la salle comme un Gad Elmaleh ou une Florence Foresti dont le pouvoir comique est quasi physique. Mais elle l’emporte à l’esprit, en mettant tout de même un peu de son histoire et de ses convictions en jeu.

Note : 3/5