Spectacle : La Leçon de danse

Andréa Bescond a brillamment surgi dans le ciel théâtral avec Les Chatouilles ou la danse de la colère, admirable récit d’une reconstruction à travers la danse mis en scène par Éric Métayer (Molière du meilleur Seul(e) en scène 2016).

La Leçon de danse

Note : 4/5

Ce duo détonant s’empare ici d’une œuvre de fiction de l’américain Mark St. Germain : un tout autre projet qui scrute la rencontre de deux chaos intérieurs. Danseuse estropiée, Senga se terre chez elle, se gavant de chips et d’alcool pour oublier son paradis perdu, seule. C’est compter sans Adémar : diagnostiqué Asperger, ce surdoué en biosciences toque à sa porte pour une leçon de danse. Piètre danseur, il est prêt à payer (très) cher pour faire illusion à une remise de prix dont il est le lauréat.

La rencontre ne démarre pas sous les meilleurs auspices : ces deux-là sont contraires et Adémar ne supporte aucun contact physique. Tout l’enjeu de la pièce consistera à saisir la cuisson lente entre ces deux âmes blessées jusqu’à ce qu’ils s’ouvrent au monde et… à l’amour. Pas facile de traiter d’un tel sujet. D’autant que l’écriture de Mark St. Germain dilue aisément le récit dans les bons sentiments (à côté, La Petite Maison dans la prairie est hautement subversive).


© Emilie Deville

Pour autant, tout dans cette histoire  romantique à mèche lente trouble et étourdit, à commencer par l’éclatante osmose entre les deux comédiens qui suppléent des dialogues flottants en tenant chaque scène avec une rigueur sans faille : quel plaisir de voir Andréa-Senga réveiller dans son impulsivité fiévreuse un Eric-Adémar autiste et rigide. Le talent des acteurs (inchangés dans leur capacité à émouvoir), la qualité de l’adaptation (Gérard Sibleyras) et l’intensité de la mise en scène nous font tomber sans mal sous le charme de ce pas de danse vibrant, traversé par une conviction forte : le théâtre est porteur de vérités. Celles du cœur.