Studio Bagel fait rire le net et la télé

En à peine deux ans et demi, le Studio Bagel a réuni les meilleurs talents du web, produit à la pelle des sketchs sur le net et à la télé – Le Before de Canal+, Le Grand Journal ou NRJ12 –, et récolté 190 millions de vues sur sa chaîne officielle. Une réussite express pour ce collectif au nom de sandwich dont le but est de nous offrir de bonnes tranches de rire.

Novembre 2012, Lorenzo Benedetti, lassé de frapper à la porte des chaînes de télé pour faire produire ses projets, a l’idée de lancer une chaîne YouTube qui regrouperait les meilleurs humoristes du web comme Jérôme Niel, Monsieur Poulpe, Kemar, Mister V, Maxime Musqua, ou encore Gaël Mectoob et Baptiste Lorber, membres du duo 10 minutes à perdre (lire encadré) : « Il n’y avait pas de chaîne avec des moyens, explique Lorenzo Benedetti. C’était souvent de l’autoproduction avec des mecs seuls dans leur chambre. Donc en fait, le concept, c’était de se réunir pour avoir plus de ressources. Et après on est allés voir YouTube ». Le Studio Bagel était né. Réunissant plus d’un million d’abonnés en moins d’un an, le collectif est devenu une agence artistique, un diffuseur sur quinze chaînes YouTube, et le producteur de deux quotidiennes et d’une hebdo sur Canal+. Un succès sans précédent que son fondateur analyse ainsi : « Déjà, il n’existait pas d’offre de production un peu exigeante de manière récurrente, avec de l’argent investi dans la production. Après, le fait de réunir des gens que les internautes aiment bien dans un même collectif avait un petit côté “La Ligue des justiciers”. Et puis ça va de pair avec la plateforme YouTube, qui est devenue LE média de la génération 15-35 ans aujourd’hui. C’est le deuxième moteur de recherche dans le monde, et le premier canal de divertissement des jeunes. »

Les clés du succès

Mais s’il a su se laisser porter par la vague du web, Lorenzo Benedetti sait aussi parfaitement naviguer. Cultivant l’aspect événementiel – « On fait de chacune de nos vidéos un rendez-vous » –, le pdg manie aussi les rudiments de la cross promotion : « Quand on a une nouvelle vidéo qui sort, on la like, on la fait partager à notre communauté, et ainsi de suite. Et ça sert à faire des guests, les gens s’invitent mutuellement. C’est un peu comme dans le monde du rap. » Encore plus fort : à travers la chaîne Studio Movie, Bagel a même été contacté par la Warner pour tourner un sketch avec Will Smith pour la promotion du film Diversion. « C’est intéressant de voir que ça intéresse les stars américaines ou françaises d’apparaître ailleurs que sur les médias traditionnels. » Des méthodes de promo novatrices qui, mine de rien, sont en train de révolutionner le monde médiatique, et de permettre à Lorenzo Benedetti d’imaginer l’avenir : « L’exil au Costa Rica ! Non, je rigole. L’avenir, c’est de continuer à faire des vidéos de plus en plus ambitieuses, donc d’essayer de dériver vers les séries et le cinéma. On commence déjà à développer. Et sur le digital, continuer à développer des chaînes et essayer de prospérer dans ce secteur. » Un avenir prometteur, donc, pour ce Studio qui, comme le suggère son logo – un bagel en partie dévoré –, a croqué une part du gâteau. En trouvant tout simplement le meilleur moyen, à l’ère d’internet, d’être en accord avec son époque. 

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Qui est le plus absurde ?

B. : On se complète. Il y en a un qui est “Abs” et l’autre qui est “Bsurde”. Parce que moi, je viens de Noirmoutier et dans Noirmoutier, il y a le “b” de “Abs”.

Mais il n’y a pas de “b” dans Noirmoutier !

G. : Hein ? Si, à la fin, mais ça ne se prononce pas.

Comment fait-on pour devenir une star du net ?

G. : Il faut être persévérant et régulier. Et savoir se renouveler. On voit bien qu’aujourd’hui, ce qui marche, c’est les jeux vidéo avec le Studio Gaming, alors qu’il y a deux ans, on en parlait beaucoup moins.

Est-ce qu’il y a des trucs pour que sa vidéo soit vue ?

B. : Si vous touchez à des sujets de la vie quotidienne auxquels les gens peuvent s’identifier, c’est vrai que la vidéo va être un peu plus partagée.

G. : Un podcast sur les chemises, ça, ça fédère ! Comme Roger !

Comment faire pour gagner de l’argent avec ses vidéos ?

G. : Faire des millions de vues… On ne peut pas vraiment gagner sa vie au départ. Après, il y a les sponsors qui nous approchent, et là on peut commencer à faire du partenariat ou du placement de produit.

B. : … comme Chanel ou Dior. Nous, on fait dans le luxe. C’est du placement très, très discret, mais les marques sont très contentes.

Ça fait quoi d’avoir 400 000 abonnés sur sa chaîne ?

B. : 420 000 ! 400 000, c’est cool. 420 000, c’est super cool !

Est-ce que ça donne la grosse tête ?

B. : À un moment, je ne passais plus dans les portes. Et il y a des effets collatéraux. Notre producteur, c’est plutôt le ventre qui gonfle, car il va souvent au resto.

G. : … et les poches, aussi.

Qu’est-ce que les gens vous disent lorsqu’ils vous reconnaissent dans la rue ?

B. : « Eh, c’est les deux pédés d’internet ! »

G. : Non, les gens sont comme des potes. Et puis on est beaux. On brille en vrai. C’est à cause de la crème.

B. : Celle des sponsors. La Clarins de chez Nike. On met la crème, la marque est contente, mais les gens ne le voient pas. C’est du placement de produit intelligent, ça.

Qu’auriez-vous fait sans internet ?

G. : De la drogue !

B. : Moi, j’aurais fait ce que je faisais avant, de la publicité, mais je me serais sûrement suicidé, parce que j’en aurais eu marre.

G. : Moi, j’aurais été très malheureux, parce que j’ai tout commencé sur internet : la musique, l’écriture, les vidéos.

B. : Tu as même couché sur internet.

G. : Oui, avec les webcams live. Donc je pense que je serais encore à Nice, et que je vendrais des pissaladières.

B. … et du crack !

C’était quoi, votre premier clic ?

G. : Moi, c’était en 1998 sur le moteur de recherche Lycos, pour chercher un truc cochon.

B. : Déjà ? Ah, bah moi, c’était pour trouver une photo de ta mère. C’était aussi un peu cochon.

Pour finir, vous feriez quoi si vous aviez dix minutes à perdre ?

B. : Une sieste. Je suis un peu fatigué.

G. : Une partie de ping-pong. Je suis un sportif.