Sur la piste des grands singes à la Grande galerie de l’évolution

Pendant plus d’un an, le Muséum d’histoire naturelle propose d’aller à la rencontre des grands singes dans leur environnement : la forêt tropicale. De nombreux spécimens naturalisés et le multimédia permettent d’en apprendre beaucoup sur nos cousins les chimpanzés, orangs-outans et gorilles. Et de prendre conscience des menaces qui pèsent sur eux…

Au même titre que les grands singes, l’homme est un primate. Est-ce de l’appartenance à cet ordre commun que vient la curiosité de l’humain, voire sa fascination, pour ces espèces ? Quoi qu’il en soit, depuis la mi-février, un public enthousiaste – dont bien sûr beaucoup d’enfants – parcourt l’exposition Sur la piste des grands singes au Muséum national d’histoire naturelle. Le bon équilibre entre la présentation de nombreux spécimens, les objets, le multimédia et des animations ludiques, permet d’en apprendre beaucoup, mais de manière récréative. Premier enseignement, au cas où : l’homme ne descend pas du singe. Les grands singes sont nos cousins, pas nos ancêtres. À l’entrée de l’exposition, trois spécimens de grands singes accueillent le visiteur. À savoir, un chimpanzé, un orang-outang et un gorille. Ces reproductions en résine et à l’échelle mettent d’emblée en présence de la réalité des gabarits : l’imposant gorille fait son effet… L’exposition d’une surface d’environ mille mètres carrés comporte cinq parties avec, au centre, la grande section intitulée “Une vie de grand singe dans la forêt”. Où l’on pénètre dans un décor de forêt tropicale, sons et jeux de lumière compris, soit l’écosystème des trois espèces privilégiées. « Le but de l’exposition est de découvrir les grands singes dans leur environnement : la forêt tropicale. On détaille la façon dont ils y vivent et, dans une dernière partie, les menaces qui pèsent sur eux », précise Élodie Robert, co-conceptrice de l’exposition. Mais avant de pénétrer dans la forêt, le visiteur fait plus ample connaissance avec ces primates : leurs caractéristiques morphologiques, leur évolution et l’histoire des sciences les concernant. Dans la première section, on remarque notamment la belle galerie de primates “naturalisés” (une façon plus actuelle de dire “empaillés”), soit une dizaine de singes de petite taille, et le squelette d’un gorille préparé spécialement pour l’exposition.

Si loin, si proche…

Pour distinguer les grands singes, on relève quelques informations élémentaires. Ils se déplacent à la fois au sol et dans les arbres. On en trouve en Afrique et en Asie du Sud-Est mais, surprise, aucun dans la forêt tropicale amazonienne. Les écosystèmes dans lesquels ils évoluent rendent difficile leur recensement. Le terme “grand singe” désigne ainsi six espèces de primates sans queue, possédant un cerveau volumineux qui leur donne d’étonnantes capacités de mémorisation, d’apprentissage et de communication. En outre, le grand singe dispose de la vision binoculaire, de mains et de pieds préhensibles dotés de cinq doigts. Quelle différence avec l’homme en ce qui concerne le squelette ? Le nôtre est adapté à une bipédie permanente. La partie consacrée à l’histoire des connaissances sur les grands singes montre d’ailleurs à quel point la question des ressemblances et dissemblances avec l’homme n’a cessé de stimuler la curiosité des scientifiques, voire d’alimenter quelques fantasmes. A partir du XVe siècle, on relate ainsi l’existence de créatures mi-animales, mi-humaines… Les premiers spécimens de grands singes arrivent en Europe au XVIIe. Pièce rare de cette partie, le spécimen Jocko est le premier chimpanzé exhibé vivant à Paris (en 1740). 

Et, autre surprise de l’expo, on apprend que l’espèce gorille n’a été identifiée qu’en 1847. Mais quels sont les spécimens remarquables de cette réunion de grands singes qui a nécessité près de trois années de travail ? « Environ 80 % des singes exposés sont issus des réserves du Muséum. Mais des spécimens d’orangs-outangs, à voir dans la section forêt, ont été spécialement naturalisés pour l’exposition. Les deux squelettes de gorille et d’orang-outang, ainsi que Jocko – qui ne sera présenté au public que pendant trois mois – sont d’autres pièces rares », répond Élodie Robert. Dans le demi-jour de la forêt tropicale, évidemment luxuriante et très verte, le visiteur se balade dans un zoo immobile. Le parcours est jalonné de spécimens naturalisés, placés dans leur environnement : on en apprend davantage sur la façon dont ils vivent ensemble, se nourrissent, communiquent, développent entre eux des comportements culturels, etc. Instructives également, des vidéos montrent des scientifiques aller à la rencontre des grands singes. « L’un des partis pris de l’exposition est de mettre en avant le travail des scientifiques du Muséum, explique Elodie Robert. Nous avons une grosse équipe de primatologues de terrain. Il nous a semblé intéressant de montrer les procédés de recherches de traces, d’habituation, avec l’obligation de se tenir à dix mètres minimum des grands singes : génétiquement très proches, ils sont sensibles aux mêmes maladies que nous ! » Avant de sortir de la forêt, on est assez bluffé par l’ingéniosité des chimpanzés et des orangs-outangs, qui se servent d’outils pour se procurer des aliments.

Photo : La primatologue Sabrina Krief et son équipe dans le parc national de Kibale, en Ouganda (c) William Let

Menaces sur les grands singes

L’entrée dans la dernière partie de l’expo, “Quel avenir pour les grands singes ?”, consiste en un grand mur où figurent une multitude d’objets et de biens de notre consommation courante. Quel rapport avec les menaces d’extinction qui pèsent sur les grands singes ? Il est dit que la fabrication de ces objets – issus de la coupe de bois tropicaux ou de l’exploitation des sous-sols – entraine une réduction de la surface de la forêt tropicale et, par là, a des conséquences néfastes sur les populations de grands singes. En outre, moins d’espace signifie plus de rencontres avec les hommes, et les menaces s’additionnent : maladies, braconnage et trafic d’animaux – de préférence les bébés grands singes, semble-t-il. Une autre des visées de cette exposition à la scénographie spectaculaire est donc de sensibiliser le visiteur aux conséquences de sa consommation sur la dégradation des milieux naturels des grands singes. Par exemple, consommer moins et mieux contribuerait considérablement à la préservation de l’habitat de nos cousins les primates… De nous dépend donc leur survie.

LE SAVIEZ-VOUS ?

Quelques chiffres et données sur nos “cousins” de la forêt.

• Nous partageons avec le chimpanzé 98 % de notre patrimoine génétique.

• Chez les orangs-outangs, l’allaitement dure huit ans.

• Chaque soir, le gorille construit un nouveau nid.

• Il faut parfois plus de dix ans pour habituer des singes à la présence de scientifiques.

• Les grands singes sont omnivores à dominante végétarienne.

• La destruction des zones d’habitat est la première cause d’extinction des espèces.