Les pièces de théâtre engagées de fin d’année

On est en train de redresser la barre. On nous souffle à l’oreillette que tout va bien. Que ça va bien se passer, qu’on a eu tort de pousser des cris d’orfraie sur l’état du monde, qu’on s’est fait avoir comme des bleus blanc becs, que c’était juste une bonne blague. Si on avait pu voir nos têtes. Heureusement que c’était que du théâtre. On a eu chaud.

Désobéir

Désobéir
© Willy Vainqueur

 

Cinq histoires de femmes comme on en entend (trop) rarement. Des filles d’Aubervilliers, brutes de décoffrage, prêtes à répondre à toutes les questions gênantes qu’on pose aux immigrés de première, deuxième ou troisième génération. Tu t’es vraiment laissée avoir par les déclarations d’amour d’un djihadiste sur Internet ? T’as été en HP parce que t’as un peu de mal à contenir ta colère ? Tiens, du hip hop, évidemment. Elles se succèdent au micro, fortes et confiantes. Un spectacle incroyablement touchant.

Théâtre de la Cité Internationale
17 boulevard Jourdan, 14e
Du 13 novembre au 8 décembre 2018

 

Sombre Rivière

Sombre Riviere
© Jean-Louis Fernandez

 

Rien à voir avec une partie de pêche. Retour sur le Bataclan, un soir de novembre 2015. Plutôt que de se lancer dans un spectacle hommage où tout le monde pleure à gros bouillons, le poète Lazare rassemble sur scène une flopée de danseurs, acteurs et musiciens enragés, portraits loufoques et multiples d’une France qui ne sait plus très bien où elle en est. Si on frise parfois la caricature, c’est pour mieux retomber sur ses pattes au morceau suivant. Que celui qui n’a pas de second degré leur jette le premier vers.

Théâtre du Rond Point
2bis avenue Franklin D. Roosevelt, 8e
Du 28 novembre au 30 décembre 2018

 

La Route du Levant

La Route du Levant
© Leslie Artamonow

 

Derrière un titre qui fleure bon l’escapade, une réalité triste comme un automne sans K-Way. Point de pérégrination orientale ici, mais le face à face de deux hommes dans l’ambiance glauquy d’un commissariat de banlieue ordinaire. Un policier qui interroge, un soupçonné qui se débat. Commence alors une joute verbale sur une vision de l’Occident dont on accepte mal la réalité. Faudra s’attendre à changer d’avis au moins 7 fois en 1h20. Influençable ? Non. Ouvert de corps et d’esprit.  

Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud, 11e
Du 20 au 24 novembre 2018

 

Mesure pour Mesure

Mesure pour Mesure
Source : Facebook / Nouveau théâtre de Montreuil

 

Si la musique adoucit les mœurs, on aurait bien besoin d’aller s’en prendre un petit shot au Nouveau Théâtre de Montreuil à l’occasion de cette 6e édition de Mesure pour Mesure, consacré à la mise en lumière du théâtre musical sous toutes ses formes. On frétille déjà de la babine à l’idée d’aller voir La Tentation des pieuvres, surprenant dîner-concert pour un cuisinier, quatre musiciens et cent convives (va falloir se magner), on se laissera volontiers envoûter par la divine voix de Rokia Traoré et ses chants mandingues, secouer par la plume acérée du critique Greil Marcus dans ses Lipstick traces, sans oublier d’aller se faire voir chez les morts avec l’irrésistible When I Die de Thom Luz. Tout un programme.

Nouveau Théâtre de Montreuil
10 Place Jean Jaurès, Montreuil
Du 16 novembre au 19 décembre 2018

 

Fais que les étoiles me considèrent davantage

Spectacle
© Laurence Leblanc

 

Les siècles passent, les obsessions restent. A commencer par celle du gain. De cette passion pour « l’avoir » plutôt que pour « l’être ». Cinq personnages lancés à toute berzingue dans une folle ruée vers l’or sur les rives du Klondike, désespérés de ne pas apercevoir la moindre paillette dans le fond de leur tamis. Sujet très peu traité au théâtre, ici mis en scène sous forme de fable à hauteur d’enfant (averti), la misère de ces orpailleurs du dimanche nous apparaît dans toute sa folie et toute sa beauté. Un conte philosophique extrêmement bien ficelé par le jeune Hakim Bah, à partir de petits dessins signés Jacques Allaire. On a hâte de voir la suite.

TARMAC
159 avenue Gambetta, 20e
Du 6 au 24 novembre 2018

 

Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été

Spectacle
© Simon Gosselin

 

C’est malin. Reprendre l’une des phrases de Camus qui nous file inévitablement la larme à l’œil. Et ce alors même qu’arrivent les premiers frimas, qu’on se sent déjà refroidir de l’intérieur. Mais on sent fondre le glaçon devant ce frère et cette sœur divisés par une Algérie vécue ou fantasmée. Leur rencontre avec un prof d’arabe va permettre de recoller les petits morceaux, non sans nous avoir émus jusqu’à la corde…

La Colline – Théâtre National
15 rue Malte-Brun, 20e
Du 9 novembre au 1 décembre 2018