Théâtre : Sexpowerment libère la parole et les corps

Claire Assali et Lisa Wisznia nous parlent de sexe dans la cale d’un bateau. Quoi ? Eh oui, dans leur spectacle Sexpowerment, une adaptation libre de l’essai de Camille Emmanuelle du même nom, les deux trentenaires abordent avec joie, empathie, vulnérabilité et optimisme un sujet qui nous taraude tous : la sexualité. Quelque part entre Ovidie et Fred & Jamy, les comédiennes et metteuses en scène du spectacle, aussi pédagogues que bienveillantes, nous guident sur le chemin de la liberté sexuelle. Rencontre.

 

SEXPOWERMENT
©Christine Coquilleau

 

La révélation a lieu en 2016 lors de la lecture de l’essai de Camille EmmanuelleSexpowerment, le sexe libère la femme (et l’homme). “ C’est ça le sujet de notre spectacle ! ” Les deux comédiennes envisageaient déjà une collaboration, mais le déclic est instantané en découvrant l’ouvrage.

 

Le sexe libère la femme…

“A ce moment-là, la question de la sexualité faisait partie des thèmes importants dans notre vie. Sexpowerment posait les mots justes sur ce sujet dont nous avions envie et besoin de parler. Sans doute d’autres avaient, eux aussi, besoin d’entendre cette parole libératrice ? Nous avons travaillé deux ans sur cette adaptation. Les mouvements #metoo et #balancetonporc n’avaient pas encore éclos. Les comptes Instagram comme @tasjoui ou @tubandes n’existaient pas non plus. La sexualité était un non sujet dans l’espace public” explique Lisa Wisznia.

A travers ce spectacle, les jeunes femmes veulent réaffirmer l’importance de la liberté individuelle dans la sexualité. “On a aussi le droit de s’inventer dans sa sexualité. Il n’y a pas de règles, on fait ce que l’on veut.” Un message déculpabilisant et pourtant essentiel qu’elles auraient aimé entendre plus tôt au cours de leur vie.

Au fil du spectacle, elles nous livrent un secret : il faut en parler ! Apprendre à regarder ses peurs, ses empêchements, mais aussi ses désirs, en face. Parler de sexe, simplement, comme de n’importe quel autre sujet. Trouver les mots pour soi, pour se comprendre et pour partager et avancer avec son partenaire. Mais le dialogue ne doit pas nécessairement se borner à la sphère du couple. Parler avec ses amis est aussi important. Claire Assali précise : “Parfois on peut avoir le sentiment que la parole est libérée entre femmes. Souvent pourtant, ces récits marquent de la vulnérabilité, soit on blague pour effacer la gêne, soit on se la raconte pour entrer dans le domaine de la performance. Il manque une parole authentique, plus mesurée et sensible.”

 

SEXPOWERMENT
©Jim Rosemberg

… et l’homme

Pas si vite messieurs, ne nous quittez pas encore, car ce sujet est aussi fait pour vous. Loin d’être un spectacle fait par et pour les femmes, Sexpowerment interroge la question de la liberté, et comme le rappelle l’une des comédiennes, “la liberté n’a pas de genre. Exprimer ses désirs, être vulnérable, se libérer des injonctions et des conditionnements, c’est un objectif pour tous. Hommes et femmes.”

Pourtant, dans la salle, le public est majoritairement féminin. Lisa Wisnia se l’explique ainsi : “Des femmes qui parlent de sexualité, ça fait peur aux hommes. Ils n’ont pas l’habitude d’entendre les femmes en parler. Il n’y a pas tant de dialogue que ça entre les deux sexes et c’est d’ailleurs pour ça qu’on a fait ce spectacle.”

C’est certain, en sortant, une ligne a bougé en nous. “Les couples sortent super soulagés. Ils se disent que leur couple ne va pas si mal. On a le droit de faire un peu moins l’amour, ça ne veut pas dire qu’on est foutu. Ça dédramatise et ça détend. Ça donne aussi envie de s’y reconnecter, de tester de nouvelles choses, de lire, de s’informer…”

Elles en sont convaincues, la sexualité n’a rien de magique. Si le désir guide un temps, il faut néanmoins rester conscient et actif pour la nourrir. S’interroger sur ses empêchements, ses désirs profonds, apprendre à s’aimer pour mieux aimer l’autre. Prendre le temps de remettre le sexe au cœur de sa vie et de ses préoccupations et ne plus en faire un sujet anecdotique. Et puis comme le conclu l’autrice dans son ouvrage : “Si ce sexpowerment ne change pas la société, tant pis, on aura ri, on aura joui ! ” Et c’est bien là le principal….

Une réflexion tout en légèreté et en humour à découvrir sur la péniche La Nouvelle Seine au pied de Notre-Dame, jusqu’à fin mars. On y va ? Oh oui !

Sexpowerment
Jusqu’à fin mars
Les mercredis et jeudis à 21h30
La Nouvelle Seine
Péniche sur Berges, face au 3 quai de Montebello, 5e