To be Hamlet or not

Un Hamlet sous psychotropes ? Avec cet ouragan burlesque, Charlotte Rondelez joue crânement avec le mythe du célèbre héros shakespearien. Dépourvue de centre, brisant les temporalités et les formes narratives, cet ovni fait souffler un vent sacrément vivifiant sur nos têtes.

À l’aube de la commémoration des 400 ans du grand Will,  la metteur en scène et co-directrice du Théâtre de Poche nous propose un Hamlet en pleine quête initiatique dans un faux bazar à prendre ou à laisser. On prend. Ou plutôt, c’est elle qui nous prend, nous saisit, nous avale. 1598, Elseneur : hanté par ses pensées sombres, le Prince du Danemark rêve d’une « vie claire, heureuse et droite » et découvre qu’il n’est qu’un héros de papier. Et s’il modifiait le manuscrit original et son destin… en recherchant son auteur ? Lancé dans un long périple entre réalité et fiction, il croise des personnages (pas tristes) issus d’autres œuvres emblématiques : Pip (Moby Dick), le champignon d’Alice au Pays des merveilles, Alice elle-même, le chat du Cheshire mais aussi Godot (Beckett) ou une extravagante Lady imaginée par Barbara Cartland.

Diaboliquement construit, ce spectacle confirme que l’application routinière des recettes éprouvées laisse encore un peu de place à leurs marges. Des marges que Rondelez explore avec maestria et une imagination visiblement en crue. Il y a là une folie douce, un onirisme, un souffle et une liberté revigorants. Évoluant sur un plancher de bois tournant, les comédiens sont à saluer : à commencer par l’excellent Harold Savary dans le rôle-titre, entouré de Pauline Devinat, Céline Espérin, Julien le Provost et Cédric Villenave interprétant tous une grande diversité de personnages. La Compagnie des Éclanches dépose ici sa marque avec une fougue qui nous laisse heureux. Et nous incite à prendre notre vie en main.

Note : 4/5