Trésors de l’islam en Afrique à l’Institut du monde arabe

À travers près de 300 œuvres multidisciplinaires, Trésors de l’islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar propose à l’Institut du monde arabe une exploration riche et minutieuse de la culture musulmane en Afrique subsaharienne. Foisonnant et inspirant.

Au sein de l’IMA, l’exposition dresse le portrait de sociétés fortes de treize siècles d’échanges culturels et spirituels avec le Maghreb et le Moyen-Orient. Car le Sahara constitue, dès le VIIIe siècle, une zone privilégiée d’échanges et de communication.

Le parcours regorge ainsi de petits trésors qui viennent témoigner de cette riche circulation des hommes et des cultures. Là, de belles maquettes de bateaux swahili (Tanzanie) trônent devant une incroyable carte nautique de l’océan Indien du XVIIe siècle et résonnent comme une invitation au voyage. Ici, c’est une conque musicale traversière du XIIe siècle, découverte dans la nécropole d’Antsiraka Boira à Mayotte, qui nous laisse sur notre faim, tant on rêverait d’entendre sa musique marine…                                               

Si l’exposition souligne la créativité des artisans musulmans (boubous brodés, bijoux en argent…), elle se voit également ponctuée d’œuvres d’artistes contemporains, tels que le Marocain Mohamed El Baz. Lorsqu’il brode au fil d’or les circonvolutions de cinq fleuves africains, ces lignes de vie sinueuses en territoire aride deviennent le symbole des liens tissés entre les hommes à travers l’eau et son flux (Les Fleuves brûlent, 2017).

Avant d’explorer la spiritualité soufie en Afrique, on s’extasie quelque temps devant l’imposante beauté architecturale de la mosquée du Vendredi à Djenné, au Mali. Celles de la vallée du Niger, construites en argile crue dans le style soudano-sahélien, font quant à elles l’effet de gigantesques châteaux de sable surgis d’une autre planète. L’architecture religieuse en Afrique subsaharienne s’avère ainsi bien différente de celle présente dans le monde arabo-musulman.

Après avoir découvert un bel ensemble de tablettes coraniques des XIXe et XXe siècles, un passionnant documentaire nous entraîne – comme l’indique son titre – « Sur la piste des manuscrits de Tombouctou ». Ces écrits médiévaux sont d’une très grande valeur patrimoniale. On suit avec angoisse le récit de leur exfiltration vers Bamako en 2012, destinée à les sauver de la menace des djihadistes. Cette mission secrète, bricolée sans protections ni moyens particuliers, dure alors six mois. Elle est couronnée de succès et c’est un miracle, car les manuscrits sont périlleusement transportés, sur toute une partie du trajet… par voie d’eau !

La menace des islamistes radicaux se trouve également évoquée par l’artiste contemporain Aboubacar Traoré. Dans sa série de photographie Inch’Allah (2016), il met en scène une jeunesse malienne vulnérable, dont les visages sont pourvus de casques noirs, symboles d’un dangereux et tragique endoctrinement.

(Photo : Crédit : photo Maimouna Guerresi. Afro Minaret, Série Minaret Hats, 2010, Tirage photographique contrecollé sur aluminium Vérone, collection de l’artiste © Maïmouna Guerresi / courtesy (S)ITOR.) 


Crédit : Photo Aida Muluneh, City Life, 2016. Tirage photographique. Johannesburg, Afrique du Sud, David Krut Projects © Image courtesy of Aida Muluneh and David Krut Projects. 

Enfin, terminons notre visite par un ensemble d’œuvres réalisées par Hassan Hajjaj, extraites de sa série Colors of the Gnaoua  débutée en 1999. Puisant son inspiration dans les puissantes couleurs du souk de Marrakech, l’artiste réalise des portraits de maîtres musiciens porteurs d’un patrimoine ancien. L’originalité de l’installation réside dans la borne, marquée de deux cercles, qui fait face à chaque tableau et qui porte l’injonction : « Posez vos coudes sur les cercles et bouchez-vous les oreilles ». C’est une expérience réjouissante qui s’offre alors à nous car la musique se met à retentir dans notre tête, claire et limpide, comme si elle nous parvenait de l’intérieur de nous-mêmes. Face à chaque portrait de musicien, ce dispositif crée une sphère intime, une délicate bulle musicale, et permet un rapport plus profond et confidentiel à l’œuvre.

Au sortir de l’exposition, on reste longtemps frappés par la richesse artistique et culturelle de la pratique de l’islam en Afrique subsaharienne. On ne saurait alors que conseiller à tous de mettre cap au sud et de partir à la découverte de ces incroyables trésors de l’islam.

Trésors de l’islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar, jusqu’au 30 juillet, à l’Institut du monde arabe 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, 5e. M° Jussieu / Cardinal Lemoine. Du mardi au vendredi de 10h à 18h, le week-end de 10h à 19h. Entrée : 12 € / 10 € – 6 € (réduit). Catalogue : 25 €. www.imarabe.org