Un amour qui ne finit pas

Un original ce Jean-là. Mari volage en quête d’idéal, il a choisi d’entrer en amour comme on entre en religion. Ne pas consommer pour mieux préserver… l’éternité des sentiments.

Lors d’une cure thermale, il rencontre Juliette, mariée elle aussi, et lui propose une relation platonique, sans danger pour leurs ménages respectifs. « Je veux vivre un amour total de ma part et sans aucune participation de la vôtre » explique-t-il à sa belle. De retour chez elle, Juliette reçoit des lettres enflammées, peu appréciées par les conjoints bien décidés à mettre fin à cette aimable plaisanterie. Fasciné adolescent par André Roussin, le « boulevardier romantique » (adoubé des années 40 à 60 puis injustement oublié), Michel Fau paie ici son tribut à son illustre aîné. Et de quelle manière !

Soulignée par la musique précieuse d’Henri Sauguet, cette comédie dramatique (écrite en 1963) n’a rien de suranné. Ciselée avec une maniaquerie d’enlumineur, elle distille des accents légers et graves, souriants et noirs. Fin observateur des hypocrisies et lâchetés du bonheur bourgeois, Roussin déroule des dialogues sifflants et le récit ponctué d’un finale insolent, file comme un thriller dont on ne vous révèlera pas l’issue. Michel Fau ne se contente pas d’articuler magnifiquement burlesque visuel (décor géométrique noir et blanc, intérieurs 60), fantaisie et désenchantement mélancolique ; il affûte son personnage avec une modeste évidence, une limpidité gonflée de dérision et de sensibilité, aux côtés de fortes personnalités : Pascale Arbillot, Léa Drucker (nommée au Molières 2016 dans la catégorie « Molière de la Comédienne d’un spectacle de Théâtre Privé« ), Pierre Cassignard, Audrey Langle, avec la participation de Philippe Etesse. Il a su ressusciter ce vrai petit classique à l’ancienne avec panache et douleur. On y court.

Note : 4/5