Une vie sur mesure

Il y a un remède à la déprime hivernale : il s’appelle Cédric Chapuis. Allez voir son ovni mi-théâtral, mi-musical et vous comprendrez pourquoi il joue les prolongations.

Au départ : un plateau nu, une batterie rouge rutilante, un auteur-comédien seul en scène. Tout de blanc vêtu, Chapuis amorce le récit d’Adrien Lepage, un gamin qui désespère ses enseignants, irrite ses parents et intrigue ses camarades. Tandis que ces derniers « ne pensent qu’au football et à mettre leur langue dans la bouche des filles », ce drôle de garçon se claquemure dans son monde, tenaillé par une seule et irréfragable passion : la batterie.

Autiste lui ? Non artiste. Elevé au swing de Kenny Clarke, Thelonious Monk ou Miles Davis qu’il accompagne d’abord avec des barils de lessive, il se souvient avoir été galvanisé par l’affolante pyrotechnie de tous ces tic, boum, tong, bong jouissifs. Jonglant avec les souvenirs, il évoque le jour béni où il caressa sa première batterie, Tikétoum, sa meilleure amie, son goût pour les sons au grand dam de ses leçons, etc.  Récit autobiographique ?  Fiction ? Poème sonore et visuel ? Un peu de tout cela à la fois et surtout une vraie découverte.

Alertement mis en scène par Stéphane Batlle, notre Pierrot blanc livre ici une partition des plus harmonieuses. Tout ici est saisi avec humour et finesse : la candeur de l’enfant, sa différence, que la société va se charger de recadrer. Et puis, il y a ces magnifiques solos de batterie : un véritable geyser mélodique (rock, jazz, techno, bossa-nova…) avec comme point d’orgue, What a Wonderful World, de Louis Amstrong. Et là, c’est bête mais on a envie d’y croire, de retrouver l’enchantement originel du monde, en scrutant le bleu du ciel et la verdoyante parure des arbres. Sûrement parce que Cédric Chapuis nous a prouvé que la batterie n’était pas un instrument mais « un cœur qui bat »…

Note : 4/5