Valentina-Tchernobyl, Née pour l’Amour

Intense, ce soliloque l’est assurément. Cette adaptation de La Supplication de Svetlana Alexievitch (Prix Nobel de Littérature 2015), on s’apprêtait à la subir : quel spectateur a envie d’affronter une heure quinze durant, l’agonie d’un homme veillé par sa femme, fût-elle aimante ?

Or, Coralie Emilion-Languille – comédienne, plasticienne, directrice d’Honorine Productions – réussit à rendre ce récit à la fois indispensable et bouleversant. Les faits : l’amoureuse Valentina a trouvé un gentil mari qui l’aime. Le bonheur. Mais voilà : ce dernier est réquisitionné pour faire partie des « liquidateurs » chargés de nettoyer la zone radiée par l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986). Le voilà contaminé, condamné à un long voyage au bout de la nuit : cancer de la thyroïde, etc. Caisse de résonance d’une réalité aux relents toxiques, ce requiem pour un époux « tchernobylien » est un exercice redoutable. Discrètement immense dans ce rôle ardu, Coralie Emilion-Languille y excelle.

Une écriture de la détresse voit le jour : la rencontre, le bonheur « resté dans une autre vie », la stupeur face à cet homme mué en monstre, l’abandon (même des médecins), la détresse, l’impuissance, le déni, etc. Secoué d’amour enseveli, ce spectacle en montagnes russes nous touche au plus profond par la voix qui le porte, aussi vaillante que vacillante. Dans cette forme minimaliste, il honore sans commisération ces exilés de la société comme des modèles nous permettant de penser l’écologie, le nucléaire… et la folie des hommes entraînés dans une mécanique qu’ils ne contrôlent pas. Rien ne saurait mieux dire la violence de ce témoignage authentique que la mise en scène millimétrée de Laure Roussel. Perle thermonucléaire, ce sublime récit d’amour doublé d’un document d’histoire nous laisse groggy, totalement « chaos ».

Note : 5/5