Voyage dans le temps

À défaut de partir en vacances, en cette fin d’année, l’exposition Volez, Voguez, Voyagez qui retrace au Grand Palais l’histoire de la maison Louis Vuitton, se pose en vraie plage d’évasion. Car là où d’aucuns pouvaient craindre une célébration toute institutionnelle, les créations du célèbre malletier sont plutôt prétextes à retracer d’incroyables aventures.

L’histoire de la maison Vuitton est riche et on imagine aisément son département Archives comme un immense grenier de famille, où le moindre souvenir serait conservé comme un témoignage précieux. Du coup, chez Vuitton, on aime à se raconter, et ce n’est pas la première fois que les trésors de malles, bagages, sacs de ville et vêtements prennent le chemin des musées parisiens. Cette fois cependant, l’heure n’est pas à la simple rétrospective ni à l’hommage rendu à un créateur de mode. Dans les 1200 m2 qui, au Grand Palais, ont été réservés à l’exposition Volez, Voguez, Voyagez (titre emprunté à une publicité des années 60), tout concourt à nous faire revivre des aventures humaines formidables et de grands voyages d’un autre temps.

Boite Livres en toile Monogram, 1964 © Patrick Gries / LOUIS VUITTON MALLETIER 

Au fil de neuf épisodes thématiques imaginés par Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera et commissaire de l’exposition, avant d’être mis en scène comme un spectacle par Robert Carsen, notre épopée commence en 1835 sur les pas du jeune Louis Vuitton. Parti à 14 ans de son Jura natal qu’il n’oubliera jamais (un attachement symbolisé par la présence remarquée du tableau Le Chêne de Flagey, de Gustave Courbet), celui-là réussira vite à conquérir la capitale, conquise par sa maîtrise des techniques du bois qu’il utilise pour emballer et protéger ce qui est précieux. À commencer par les crinolines de l’impératrice Eugénie. Un titre de gloire qui l’aidera certainement à ouvrir sa propre maison, vouée à devenir familiale.

Car à sa disparition, à l’aube du 20e siècle, son fils, puis ses petits-enfants, inventeurs de génie ou originaux inspirés, n’auront de cesse de faire fructifier son héritage pour répondre aux attentes de ceux qui, de plus en plus, profitent de l’évolution des moyens de transports pour s’évader. Dans un wagon de train ou aux côtés de sublimes maquettes d’avions, on découvre ainsi la malle plate, premier bagage moderne, ou la mini-malle, ancêtre du vanity. Autant d’innovations, à destination des stars de cinéma autant que des grands explorateurs qui, comme celui que recherche l’ours Paddington, veulent bien découvrir le monde, mais sans renoncer au confort moderne (incomparable malle-lit).

Malle lit en zinc, ouverte avec lit déplié © Alain Beule / LOUIS VUITTON MALLETIER

Bien sûr, on ne manquera pas non plus l’apparition dans les années 30, du it-bag, avant qu’il ne soit revisité à notre époque, par des artistes comme Murakami. Monogrammé déjà, il s’affiche au bras des premières icônes modernes, qu’on imagine encore mieux au gré d’un vestiaire aisément prêté par le musée de la Mode, et de photos d’époque. Car ici, le savoir-faire et la créativité de Vuitton, symbole de l’excellence à la française, font naturellement partie du paysage et ne sont mises en avant qu’à bon escient, comme un fil conducteur accompagnant 160 ans d’histoire, mais surtout d’histoires. De celles qui font rêver.