Voyages avec ma tante

Adaptée du roman de Graham Greene, cette savoureuse fantaisie a illuminé notre hiver, raflant au passage un Molière 2015 de la mise en scène (Nicolas Briançon).

Vous l’avez manquée ? Pas de panique : une session de rattrapage estivale est prévue. Romancier, nouvelliste, homme de théâtre mais aussi de cinéma, Greene suit le trajet de Henry Pulling, un vieux garçon anglais coincé et de sa septuagénaire de tante, la toujours verte et fantasque Augusta. Ce parcours initiatique improbable nous est relaté avec une précision de concertiste et fait son miel du contraste entre le célibataire momifié dans ses habitudes et la tata grivoise… flanquée d’un très beau domestique noir.

Acide comme le citron dans un Earl Grey, cette version scénique (Giles Havergal) prend le tour d’une récréation bigarrée et crépitante. Une vingtaine de personnages font bouillonner ces mille et une péripéties, d’Istanbul au Paraguay en passant par Paris. La particularité de cette ode savoureuse à l’aventure ? Elle est menée par quatre comédiens d’envergure campant à tour de rôle ingénue, vieille dame (ou perroquet !) entre théâtre, mime et chanson. Parfait en tante Augusta queer, Claude Aufaure mène le bal, mais Jean-Paul Bordes, Dominique Daguier et Pierre-Alain Leleu ne déméritent pas : étincelants de verve et de fantaisie, ils endossent plus de vingt rôles, et drolatiques avec ça ! De la fantaisie monthy-pythonesque, de l’absurde et un regard de biais dardé sur la bonne société britannique figée dans son conservatisme. Mieux que la vitamine C ou la Jouvence de l’Abbé Soury !