Zazie dans le métro

Archétype de la mouflette mal embouchée découverte dans la fameuse fable de Raymond Queneau, la figure rebelle de Zazie s’est inscrite naturellement dans la ligne artistique du Théâtre Mordoré, spécialisé dans l’adaptation de grands textes littéraires et dans les productions jeunesse. Retranscrire ce road-movie parigot au théâtre ? Franchement, on n’y croyait pas.

Comment rendre palpable le charme vachard de cet ouvrage paru en 1959 ? Son argomuche truculent, son parfum unique (Barbousse de chez Fior), son goût de Picon-bière et cette façon inimitable de jacter (le fameux « doukipudonctan ») ? Eh bien, la troupe l’a fait ! Dès son arrivée à Paris, on colle aux basques de cette adorable petite peste (confiée le temps d’un week-end à son oncle Gabriel) qui rouspète parce que le métro est en grève et jure « mon cul ! » à chaque fin de phrase. On croise le tonton « normosexuel » (viril en diable le jour et en robe le soir), la tante Marcelline, Charles le Taxi, Turandot et son perroquet Laverdure, la serveuse Mado P’tits Pieds, la veuve Mouaque, ou Trouscaillon, un drôle de satyre à l’identité floue… C’est toute la comédie humaine qui défile ici, grotesque, lâche et absurde sous le regard en biais de la jeune Zazie, prompte à déjouer toutes leurs cochoncetés. En usant de trouvailles ingénieuses, Sarah Mesguich confirme sa capacité à créer des personnages pittoresques et à proposer une mise en scène alerte (excepté une scène de coït mimé, à la limite de l’inconfort). Cette petite comédie allègre prend appui sur l’abattage de Léopoldine Serre dans le rôle-titre (ovni survitaminé) et sur la fantaisie cartoonesque de ses complices (Jacques Courtès, Alexandre Levasseur, Frédéric Souterelle, Amélie Saimpont et Tristan Wilmott) qui nous catapulte en beauté dans un autre espace-temps. On voudrait retrouver ce Paname bigarré… et que Zazie revienne.