20e Festival de Pâques de Deauville

Les festivals de musique classique sont légion en France, mais celui qu’accueille Deauville chaque année est unique. Raison de plus pour aller célébrer, du 23 avril au 7 mai, ses 20 printemps de musique de chambre, de talents révélés et de plaisir partagé.

Tout a commencé en 1997 à l’initiative du violoniste Renaud Capuçon, des pianistes Jérôme Ducros et Nicholas Angelich et du violoncelliste Jérôme Pernoo, quatre jeunes artistes « alors inconnus, mais qui ne le sont pas restés longtemps », remarque Yves Petit de Voize, directeur artistique de la manifestation depuis l’origine.

Renaud Capucon © Maria Ziegelboeck

Parrains de la première édition, Augustin Dumay et Marie João Pires ont aussi porté un festival dont l’amour de la musique de chambre, le goût du dialogue musical sont la raison d’être. « À Deauville, confie Yves Petit de Voize, de nombreuses vocations se sont révélées, de nombreux ensembles se sont imaginés et structurés », à commencer par Le Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rhorer.

Premier violon du Quatuor Hermès, une formation arrivée en 2014 au festival, Omer Bouchez évoque l’entrée dans une « famille ». Le mot revient souvent pour dire la singularité de l’“esprit Deauville”. Une famille que l’on retrouve avec bonheur chaque année (à Pâques mais aussi l’été, depuis 2002, pour l’Août musical). Présent depuis une décennie, le violoncelliste Victor Julien-Laferrière (26 ans) parle d’« un groupe d’amis musiciens qui évolue au fil des ans de manière cohérente. Nous avons l’impression de grandir ensemble». Car s’il tient lieu de « pôle d’échanges et de rencontres », selon l’altiste Adrien La Marca (27 ans), le festival constitue aussi une irremplaçable source d’enrichissement pour de jeunes instrumentistes qui y font souvent leur débuts en concert alors qu’ils sont encore élèves au conservatoire.

Victor Julien Laferriere © Claude Doare

Deauville est « indissociable de la personnalité d’Yves Petit de Voize dont la culture musicale est à peu près unique dans le paysage des festivals français », ajoute l’altiste. Par l’originalité des propositions qu’il soumet aux jeunes interprètes – Mozart et Brahms aussi bien que Martinu ou la musique d’aujourd’hui –, le directeur artistique a fait de Deauville une école et un tremplin pour les jeunes musiciens. « C’est à Deauville que je me suis initié aux grands opus du répertoire », reconnaît Adrien La Marca, qui se souvient avec émotion du Quintette de Franck et la Nuit transfigurée de Schönberg auxquels il participa lors de son premier festival en 2006.

Bertrand Chamayou (35 ans), fidèle du festival depuis le début des années 2000 et récente Victoire de la Musique, confirme : « Quand je regarde mon parcours, je mesure tout ce que je dois au Festival de Pâques et à son directeur. Deauville est l’un des seuls festivals, sinon le seul qui a influencé la façon dont j’ai conduit ma carrière et appréhendé ma vie de musicien. Après le Conservatoire, c’est ce qui m’a le plus apporté. »

Les 20 printemps du Festival de Pâques méritaient donc d’être fêtés dignement. Et c’est un cru 2016 de très grande qualité qui attend le public. Trois générations d’interprètes se mêleront trois week-ends et neuf concerts durant, avec pour temps fort les 28, 29, 30 avril et le 1er mai. Mozart, Ravel et Weber par B. Chamayou, en compagnie de I. Margain, H. Demarquette, Alexandra Soumm et Magali Mosnier, y côtoieront entre autres un passionnant programme entre baroque et classicisme servi par des interprètes jeunes mais déjà largement reconnus tels que Julien Chauvin, Jean Rondeau et Kristian Bezuidenhout.

Pour ceux qui n’auront pu y assister, la collection Deauville Live née l’an dernier à l’initiative du jeune label B Records, regroupera des moments exceptionnels du festival. Un jubilatoire volume Mendelssohn (avec I. Margain au piano et les archets d’Amaury Coeytaux, Adrien Boisseau, Adrien et Christian-Pierre La Marca, etc.) a inauguré une série qui comprend aussi un Janáček par le Quatuor Hermès et un Beethoven par le Quatuor Strada. Pétri de poésie, «Il pianto della Madonna », récital baroque italien par la soprano Maïlys de Villoutreys et l’Ensemble Desmarest, vient tout juste de s’ajouter à la liste.

Quatuor Hermes © Julien Mignot

Un beau prélude au 20e Festival.