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Calvi on the Rocks : le programme de 5 jours de concerts

Pour sa treizième édition, le festival au pied de la Citadelle voit les choses en grand. Avec un penchant pour les nuits américaines où quelques étoiles vont filer, de Moodymann à Azealia Banks, en passant par Kerri Chandler. Sans oublier le Londres de Hot Chip, les lueurs d’Omar Souleyman et de Tony Allen et nos hits du moment : The Dø, Super Discount 3 et le prodigieux Motor City Drum Ensemble.

Vendredi 3 juillet : Pop et sono mondiale

À contre-pied de l’édition précédente qui faisait une large place à la chanson au charme pop – Christophe, Bertrand Burgalat, Frànçois & The Atlas Mountains –, le programme de l’année n’a pas prévu de conter fleurette. À moins que les Brigitte, avec les seules chansons en français dans le paysage, soient en charge d’assurer la transition douce entre 2014 et aujourd’hui. Non sans un coup de talon aiguille bien placé… Côté musique, le climax pourrait être atteint aux alentours de Motor City Drum Ensemble et d’Omar Souleyman. Originaire de Syrie, le second popularise le genre musical dabke. En bref, une sorte de folklore dansant, soit des sonorités traditionnelles associées à un beat au goût du jour. Et une fois que le décor est planté, Omar Souleyman se saisit du micro. De quoi remuer les foules au Moyen-Orient, et bien au-delà !

Changement radical de cap avec Motor City Drum Ensemble, 27 ans, dit « le prodige de Stuttgart » – ou quand une ville allemande de moyenne importance fait la leçon à Berlin et à Düsseldorf. On n’avait pas entendu une house aussi fluide depuis un bail. Il faut dire que, côté sons, Danilo Plessow aka Motor City Drum Ensemble n’est pas tout à fait de son époque et semble considérer les années 1990 comme un âge d’or. Le résultat est enthousiasmant. Soit la bonne mesure entre le vibrant, le chaud et la tempérance. Avec Kindness, il est aussi question d’ondulation, mais lui est plus franchement dans l’entertainment. Soit une succession de chansons pop XL sur fond de groove léger. À moins que le Britannique ne fasse un pas de côté vers une synth-pop plus fraiche.

Samedi 4 juillet : Passage de légendes

À tout seigneur tout honneur ? Alors commençons par évoquer la présence, frappante, de monsieur Tony Allen. Le batteur de légende qui a accompagné les premiers temps de l’afro-beat aux côtés de Fela Kuti va offrir une pulsation hors du commun au Tthéâtre de Vverdure… Une frappe précise et la maîtrise de tous les rythmes lui auront permis de connaître des expériences multiples, des sets jazz au funk le plus moite, en passant par des featurings pour Sébastien Tellier. Si l’afro-beat est à la mode, écoutons le maestro !

Autre événement du soir, cette fois en provenance de Detroit, Moodyman est de la fête. Pour les non-initiés, on lui doit notamment une jonction réussie entre la techno minimale et des sonorités soul, au sens large. Un exemple ? Prêter l’oreille à I Can’t Kick This Feelin’ When It Hits inspiré par un titre de Chic. On ne lui connaît pas de parutions récentes, donc le show est grand ouvert. Et l’occasion de quelques séquences entre techno hédoniste et house lascive…

On en sait davantage sur le set de Damian Lazarus & The Ancient Moons qui devrait donner la version publique de Message from the Other Side paru mi-mai. Rarement DJ n’avait lancé autant d’invitations tous azimuts ! La palette des sonorités passant ici par la musique soufie, la Guinée, le Mozambique et jusqu’à quelques interventions Moses Sumney de Los Angeles. Calvi va virer à la sono mondiale. Quel contraste avec les Anglais de Honne, représentants d’une soul à la page, véritable bande-son des nuits londoniennes ! Une nouvelle trouvaille, sexy, du label Super Recordings.

Dimanche 5 juillet : La promenade des Anglais

Ceux qui n’ont pas encore prêté l’oreille à Why Make Sense ?, le dernier album de Hot Chip paru en mai, vont découvrir quelques titres en public où les Anglais semblent avoir viré krautrock… Alexis Taylor et Joe Goddard ont introduit de la durée et quelques figures expérimentales dans leur électro-pop. On ne dira pas des longueurs. Encore moins une dimension cérébrale. Car l’ensemble à toujours le don de remuer les guiboles, et certaines mélodies demeurent d’une efficacité redoutable… Pop un jour, pop toujours. Et puis, Calvi et Hot Chip, c’est une amourette qui dure depuis de longues années !

En guise de tour de chauffe, Joe Goddard présentera son complice Raf Daddy pour un live de The 2 Bears qui pourrait marquer les esprits en termes d’énergie et de refrains “catchy”. Comme leur nom l’indique, les jumeaux de Formation, que l’on dit descendants de LCD Soundsystem, en prendront sûrement de la graine. À noter qu’ils sont déjà au programme du prochain festival des Inrocks.

Initiation encore, au moment où Big Freedia va s’emparer de la scène pour un set de “bounce music”. De quoi s’agit-il ? D’une spécialité de la Nouvelle-Orléans se rapprochant du hip-hop, si ce n’est que les chants sont quelque peu boostés et que les danses qui accompagnent le registre sont du genre sensuel. Big Freedia étant une vedette du genre, salué par la critique US. L’ensemble promet d’être plus chaud que Hot Chip…

Lundi 6 juillet : Frenchie night

Loin de ralentir la cadence en début de semaine, le programme s’annonce palpitant. Tandis qu’Étienne de Crécy arrive avec un Super Discount 3 bien huilé (il joue le week-end à Beauregard, puis à Bruxelles), on attend de pied ferme l’icône de la house : Kerri Chandler. Avec un background où se mêlent soul et disco certifiés de première qualité (son père était un DJ renommé), Kerri a eu le don d’introduire une bonne dose de black music et de jazz dans une house, de deep à garage, plutôt avenante. Parmi ses titres les plus connus, on recommande son remix de Music de Marvin Gaye.

Triomphe en vue pour le set, hyper rodé aussi, de The Dø ! Olivia Merilahti et Dan Levy ont jeté leur dévolu sur des sonorités futuristes, à base de synthétiseurs et de rythmes syncopés. Shake Shook Shaken s’est avancé avec deux singles conquérants Keep Your Lips Sealed et Miracles (Back in Time) : énergie tribale et pulsation des machines. The Dø laisse libre court à ses élans pop après avoir écouté, à forte dose, du hip hop, de la musique de club, voire de la techno brutale. D’où une musique sans fioritures ni enjolivement, qui va droit au but : la mélodie.

L’outsider du jour se nomme Papooz, mais a quelques arguments pour se faire repérer. Là aussi, il est question de mélodies, mais celles-ci vagabondent de l’antifolk à la bossa. Voix et guitares mêlées, on compare les Parisiens parfois à Simon & Garfunkel, parfois à Kings Of Convenience… Espoirs 2015 ? Pas loin, oui.

Mardi 7 juillet : Figures américaines

Pour le bouquet final, Calvi se paie une exclusivité en forme de vedette américaine. Faites entrer Azealia BanksBroke With Expensive Taste (2014) possède tous les ingrédients – et les singles… – pour propulser Azealia très haut dans les charts pendant quelques mois encore, et dans les cœurs de millions de kids. Et comme à Calvi on est kid bien après l’adolescence, ça va remuer dans les rangs sous les assauts hip-hop, house et r’n’b, avec quelques souvenirs de Missy Elliott en tête. Yes !, c’est aussi le cri de ralliement de Slum Village pour leur dernier long. Et le théâtre de verdure d’accueillir des figures du rap underground de Detroit, sur la brèche depuis 1996.

Changement de cap avec Club Cheval, dont le dernier EP From the Basement to the Roof n’envisage pas d’en découdre mais semble, au contraire, fomenté pour prendre du bon temps, entre house minimale et caresses r’n’b. Ca glisse aussi pour Lionel Corsini aka DJ Oil dont la formule, parfois légèrement épicée à l’électropicale, est un tapis chamarré pour des featurings de politiques à  hédonique.